AGAPES

SESSION PSYCHO-SPIRITUELLES

Cacouna au Canada, Agapè au Puy-en-Velay en Haute-Loire, Nicodème avec les Béatitudes à Château-Saint-Luc, Retraite de guérison intérieure avec Famille Saint-Joseph, Siloé patronné par le Chemin-Neuf: le nombre de sessions de guérison  dite spirituelle organisées par des associations ou communautés se réclamant de l’Église catholique s’est multiplié ces dernières années, avec, selon les chiffres de « La Croix » publiés début 2012, 25 000 Français concernés en dix ans : un véritable business.
Suite à un certain nombre de plaintes, l’épiscopat français a publié un document resté confidentiel pour mieux pointer les risques et dérives
Face aux souffrances morales et à l’engouement pour les nouvelles thérapies inspirées du New Age et des religions orientales, certains ont en effet cherché à proposer une alternative chrétienne aux retraites traditionnelles, avec l’ambition démesurée de prendre en compte les personnes dans leur globalité – physique, psychique et spirituelle.
Des plaintes de certains retraitants ou de leurs familles inquiètent l’Église. Ici c’est un prêtre qui quitte le sacerdoce, là ce sont des couples en déroute… Dans plusieurs cas, des personnes sont revenues chez elles persuadées d’avoir été victimes d’inceste et ont rompu avec leurs familles. Des apprentis sorciers pratiquent des sessions mélangeant de façon sauvage le psychologique et le spirituel.
Dans certains diocèses les responsables sont plus conscients  et plus courageux qu’ailleurs. Ainsi deux centres ont été fermés : Kinor, dans les Landes, tenu par l’ancien responsable des Béatitudes, Ephraïm, tandis que des responsables de la Communion Marie-Reine, dans le diocèse de Laval, ont été également  interdits d’enseignement. Un document sur ce sujet avait d’ailleurs été remis aux évêques, rédigé par un service coordonné par Bertran Chaudet, diacre au Mans.
« Ce qui est en jeu, c’est le sanctuaire inaliénable de la liberté de l’homme », avait écrit Bertran Chaudet.

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On aurait pu penser que ce message fort soit entendu car ce type de retraite est très dangereux pour des personnalités fragiles. 
Certains ont pu constater que ces sessions conduisent à induire des faux souvenirs, à manipuler le vécu des personnes et, en « psychologisant » le message évangélique, à réduire le salut à une « idéologie » de la blessure et de la guérison.
 « Quand la personne entre dans un climat psycho-émotionnel fort, ses défenses tombent. Si certains ‘‘souvenirs’’ sont trop rapidement confirmés par un accompagnateur mal formé, qui plus est avec une autorité spirituelle, les dégâts sont terribles », s’alarmait un témoin cité dans un article du quotidien « La Croix » en date du 3 janvier 2012. Et la journaliste résumait ainsi la situation :
». Le document remis à la Conférence des évêques de France (CEF) [par Bertran Chaudet] appelle ainsi à une extrême prudence : il met en garde contre le risque d’entretenir la confusion entre le salut chrétien et la santé psychique, de brader la séparation chère à l’Église entre for interne et for externe sous prétexte qu’il faut débattre en équipe et avec le responsable de la session des états d’âme de la personne…
On ne saurait être plus clair.
C’est ainsi qu’au Puy en Velay un premier pas avait été fait par l’évêque, Mgr Henri Brincard, qui avait mis en place un conseil de surveillance.
C’était en 2012. Malheureusement depuis cette date, les sessions AGAPE ont repris de plus belle. Un intervenant issu des BEATITUDES où il avait laissé un passif difficile à éponger, Bernard Dubois a refait surface dans ces sessions. Et, avec la bénédiction de l’évêque du lieu, le manège a repris de plus belle. Encore récemment, en décembre 2016 un témoin nous écrivait : « Je souhaite vous faire part de mes interrogations concernant les dérives psycho-spirituelles de  la retraite Agapè du Puy en Velay »… « L’accompagnateur utilisait des formes de culpabilisation et d’emprise psychologique »… « Les accompagnateurs se concertaient et ne respectaient pas la confidentialité des entretiens spirituels ». Pour terminer ils ont voulu envoyer le témoin vers des « psychothérapeutes chrétiens » de leur choix en ignorant délibérément toute la démarche de connaissance de soi que cette personne avait déjà entreprise.
De telles dérives peuvent briser des couples, affecter des personnalités. Nous
Nous mettons donc en garde. Nous nous inscrivons en faux contre l’agapèthérapie, ou la christothérapie. On ne saurait se réclamer de Dieu tout en étant apprenti sorcier.

Guérison « psycho-spirituelle » : l’avis d’un expert

Un religieux, le père Bernard UGEUX, après un long temps passé en Afrique où il a pu constater la façon dont s’y opèrent les phénomènes de guérison, est venu à Toulouse où il a fondé l’Institut de Sciences et de Théologie des Religions. Il y propose un enseignement qui met en avant l'aspect anthropologique de la relation thérapeutique, et l'importance de la dimension culturelle et religieuse de la santé. Il s’exprimait déjà dans le numéro 254 de mars 2009 de la revue CROIRE aujourd’hui. Et, pour bien « enfoncer le clou », il proposait dans le même numéro de cette revue quelques points de vigilance :

  1. Attention au vocabulaire : il est souvent question de « charisme de guérison », de prière de guérison. Cependant, ce ne sont ni le ministre, ni le charisme ni la communauté qui guérissent, c’est Dieu par la puissance de son Esprit (Actes, 3,12). Les chrétiens sont de simples instruments de la puissance de l’Esprit. 
  2. Les communautés ou les groupes qui se présentent comme des lieux de guérison une grave responsabilité, car ils induisent certaines attentes chez des gens fragiles, parfois influençables. Les membres de ces groupes peuvent laisser croire qu’ils possèdent un pouvoir, alors que c’est la puissance de Dieu qui agit gratuitement à travers notre propre impuissance (« C’est quand je suis faible que je suis fort », dit Saint Paul (2 Corinthiens 12,10)). Elle ne répond pas automatiquement à la demande qui est formulée. 
  3. L’être humain est complexe et il existe une interaction permanente entre l’esprit, l’âme et le corps (1 Thessaloniciens 5,23). Un discernement très fin est donc nécessaire quand on accueille une demande de guérison, afin de ne pas faire croire à des personnes fragiles qu’il existe un automatisme de résultat (…) Il faut surtout éviter d’annoncer que la guérison sera proportionnelle à la foi de la personne. 

Nous signalons également l’ouvrage  de Christine AULENBACHER et Robert MOLDO « Ni coach, ni thérapeute, ni gourou ! » publié aux éditions Médiaspaul, dans lequel la distinction entre l’accompagnement spirituel et l’accompagnement psychologique est  clairement établie sans risque de confusion possible face à des situations de stress, de « burn-out », de deuil ou d’accompagnement de personnes en fin de vie.