Bernard Chouvier

Ce sont les trois premiers personnages qui nous intéressent le plus compte tenu des sujets qui mobilisent l’AVREF. Bernard CHOUVIER nous séduit par la clarté de ses explications. Ainsi, le personnage du possédé : « Etre possédé par l’esprit, par le dieu, signifie en fin de compte devenir la possession de quelqu’un qui met en œuvre une série de techniques pour aliéner la conscience de celui qui entre sous emprise. ».

Rappelant l’état de possession dionysiaque dans l’Antiquité, il note : « le possédé est un fanatique aveuglé qui croit mener une action juste dans la mesure où il ignore qu’on a faussé son appréciation des choses, dans la mesure où son jugement a été  manipulé et déconnecté de l’épreuve de réalité. Il n’est plus en phase avec le monde réel, mais avec le monde que ses illusions lui font voir. »
Toujours, dans l’Antiquité grecque, prenant l’exemple de Pythagore, mathématicien, mais aussi fondateur d’une école de pensée, d’un groupe d’initiés, Chouvier explique :
« … pour être viable, s’installer dans la durée et se perpétuer au-delà de la génération fondatrice, un groupe initiatique doit reposer sur trois piliers fondamentaux :
-       un savoir rigoureux, construit et transmissible par degrés ;
-       des règles strictes intangibles qui définissent l’initiation, la composition et le fonctionnement d’un groupe fermé, élitiste ;
-       une soumission pyramidale et hiérarchisée à un chef sacralisé dispensateur du Vrai, du Beau et du Bien. »

    Il consacre ensuite un long développement au groupe initiatique pythagoricien dirigé comme une secte, avec un processus de recrutement et de sélection très strict, une période probatoire qui dure trois ans, permettant, si l’issue est positive, de devenir « disciple exotérique » pendant cinq ans, c'est-à-dire ayant droit d’assister à l’enseignement du maître, mais de l’extérieur, en deçà d’un rideau. Au-delà du rideau se tiennent les purs,  les « disciples ésotériques », ceux du « dedans ». « Ils ont pour fonction d’appliquer des maximes orales qui leurs sont communiquées lors des réunions et qui ont la particularité de n’avoir ni démonstration ni argumentation ».
Tout cela peut nous paraître lointain, être « du passé ». Mais quand Chouvier écrit : « le pythagoricien fait passer ses amis avant sa famille.La loi communautaire détrône la sacro-sainte appartenance familiale et ce fut là le premier foyer de discorde », n’est-on pas bien proche de situations présentes subies par les proches de ceux qui sont sous emprise ?
 
Quoi de plus actuel que cette description de la fracture :
 « La fracture entre ceux de l’école et les autres est renforcée par la fermeté des règles et des interdits d’appartenance qui poussent les pythagoriciens à vivre exclusivement entre eux. Pas de compromission avec les profanes. De plus, les déviants et les apostats sont punis par une relégation qui équivaut à une peine de mort, tant la dépendance générée par l’école est devenue une seconde nature pour l’adepte. Le statut d’ex-adepte est une position telle lourde à gérer psychologiquement qu’elle devient très vite invivable. Ne reste comme solution à l’adepte que la mort ou l’expiation. »

Passant ensuite au personnage de « l’enragé », Barnard CHOUVIER prend l’exemple d’Hassan ibn-Sabbah, fondateur de la secte des Haschischins (de là l’origine du mot « assassin » en français). Là encore l’exemple peut choquer au premier abord, mais il est intéressant par la façon dont on adhère au chef (au Fondateur) en adhérant à la cause, comment les deux s’entremêlent. Il s’en explique :
« Ce que Hassan ibn-Sabbah a peut-être le plus retenu de Pythagore, c’est le mouvement initiatique pour acquérir l’adhésion totale à la cause par le biais de sa personne. Il s’agit là d’une opération perverse où c’est en fait l’inverse qui se produit. Le disciple adhère totalement à la personne du chef par le biais de la cause. Le principe même de l’adhésion à un idéal est biaisé par la main du chef. Les méthodes d’embrigadement décrites par Bartol sont les mêmes que celles usitées par Pythagore : les adeptes entendent parler du leader mais ne le voient pas dans un premier temps. Ainsi sa personne est sacralisée et acquiert une existence suprasensorielle. La Voix du chef vient d’en haut et elle parle de Vérité incontestable.
  Les adeptes reçoivent une formation intensive et communautaire. Ils doivent apprendre sans discuter, ingurgiter sans réserve ni doute. Pour ce faire, ils ont des maîtres autoritaires qui menacent des pires châtiments ceux qui ergotent ou qui doutent. De plus, les disciples sont coupés du monde pour échapper à toute influence. ».
 
En conclusion, adhérer totalement à la personne du chef par le biais de la cause : le risque n’est-il pas permanent ?

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