FOYERS DE CHARITÉ

Les Foyers de charité, fondés en 1936 par Marthe Robin aidée par le père Georges Finet, sont des communautés qui rassemblent des laïcs, hommes et femmes, célibataires ou mariés, et des prêtres. À l’exemple des premiers chrétiens, ils vivent ensemble et mettent en commun leurs biens et leurs compétences. La prière y tient une place prépondérante. Leur mission principale est l'animation de retraites spirituelles, dans un cadre familial et un climat de silence.
L'œuvre de Marthe Robin a connu un grand succès et s'est étendue dans le monde entier. Il existe aujourd'hui 78 foyers de charité répartis dans 42 pays et comprenant environ mille membres.


Ce succès a retenu l’attention de groupes charismatiques : les Béatitudes, l’Emmanuel, et quelques autres. Ils ont cherché à se l’approprier pour trouver une justification à leur existence remontant ainsi aux années 30 et se déclarer les héritiers spirituels d’une personnalité dont le dossier de béatification allait s’ouvrir.
Il leur fallait donc se présenter comme les successeurs directs de Marthe Robin et les continuateurs de son œuvre. C’est pourquoi une Vie de Marthe Robin, Paris, éd. de l'Emmanuel, a été écrite par Bernard Peyrous, ancien recteur de Paray le Monial (l’EMMANUEL) tandis que le fondateur contesté des BEATITUDES, Ephraïm, écrivait lui aussi sa « Marthe Robin » aux éditions des Béatitudes. Une prise de contrôle du mouvement s’est opérée progressivement, notamment avec le père Michon, et ainsi  Bernard Peyrous a pu obtenir le poste-clé de postulateur de la cause de béatification de Marthe Robin.
C’est dans ce contexte que le mouvement a rencontré certains problèmes.
En effet il exerce aussi sa tutelle sur des écoles.
Par exemple l’école « Maria Mater » dans le diocèse de Nice. A ce propos on peut soulever des questions sur les raisons du remplacement en 1989 du père Bonnafous par le père Mortier.
Mais surtout un drame est survenu dans une autre école, celle des garçons de Saint Bonnet dans la Drôme.
En mai 2013 Jean-Marie Ferru, le directeur de l'école s’était donné la mort. Le Père du Foyer qui exerçait la tutelle avait décidé de lui retirer la direction de l'école, l’avait licencié, de façon expéditive, semble-t-il, et l'avait envoyé dans un Foyer du sud de la France, alors que la mère de M. Ferru était dans une maison de retraite à Châteauneuf. Une profonde dépression s'en serait suivie qui s'est terminée par le suicide de Jean-Marie Ferru.
Nous ne sommes pas juges des raisons de son licenciement dont les motifs ne lui auraient jamais été clairement signifiés, mais nous avons pris connaissance des nombreux témoignages de ses élèves dont nous jugeons opportun de reproduire des extraits :
 
"Notre peine est immense, ce drame n’aurait jamais dû avoir lieu. La grandeur, la vie de Mr Ferru ne méritaient pas une telle fin. Comment peut-on par des décisions injustes provoquer la chute d’un homme qui a rayonné pendant tant d’années ? On l’a rendu malade."


Le 16 mai :
"Je ne crois pas à cette histoire de pathologie : si oui, pourquoi lui avoir confié l’école pendant 17 ans et pourquoi l’avoir ainsi débarqué sans ménagement ? Si non, pourquoi avoir tronqué, déformé ou arrangé la vérité ?"
 
Et un ancien membre du Foyer de Châteauneuf :
"Foyer de CHARITE ? dites-vous ? […] Jean-Marie n’est pas le seul à avoir été abandonné après avoir servi avec amour la cause en laquelle il croyait."
 

Nous constatons en effet que la Gouvernance actuelle des foyers n’est pas sans susciter des remous internes. Bernard Peyrous, déjà cité, a dû être mis rapidement à l’écart en octobre 2017 sur décision du cardinal Ricard, archevêque de Bordeaux. Pourtant l’intéressé jouissait d’une grande aura. Or on lui a demandé « d’interrompre ses charges pastorales actuelles, et de renoncer, jusqu’à nouvel ordre, à la prédication de retraite et à l’accompagnement spirituel ». Il se serait rendu coupable de « gestes gravement inappropriés  vis-à-vis d’une femme majeure ».


Nous voulons pour autre preuve de ces remous les remarques faites par les responsables des foyers d’Asie réunis à Taipei en avril 2018. Nous en citons quelques-unes :
         «  - La difficulté de vivre librement l'Art. 37 des Statuts sans référence au Canon 630;
            - Dans de nombreuses questions, il semble que nous assistons à une sorte de sape de la notion de paternité au sein du foyer, qui pourrait être une sorte de remplacement d'un vieux cléricalisme par une forme de laïcisme tout aussi déplaisante. Pour cette raison, nous aimerions aller vers une compréhension plus profonde de la Paternité Sacerdotale dans le Foyer à la lumière du Magistère de l'Église et de la tradition antérieure de la relation entre le Père Finet et Marthe
(tradition antérieure du Foyer)
- Au nom de quelle autorité Jean-François Bréaud ne devrait plus désormais siéger  comme membre du Conseil alors qu’il a été régulièrement élu par l’Assemblée ?
[nota : J.F. Bréaud, du Foyer de Châteauneuf de Galaure, était membre du Conseil International]
- Afin d'éviter les nombreuses insatisfactions et murmures qui ont suivi la dernière Assemblée générale, nous espérons qu'un répertoire sur la préparation, la convocation, l'ordre du jour et la progression régulière et satisfaisante de cette Assemblée pourra être rédigé, proposé à tous les employeurs et adopté par tous début de la prochaine Assemblée. Nous espérons que la modération de l'Assemblée sera élue par l'Assemblée elle-même et que le vote sur des textes ou des sujets ne sera pas seulement par oui ou par non mais par "placet, non placet et placet juxta modum" avec nécessité de plus de dialogue pour un écriture commune. »
 

  Nous avons également eu connaissance de la prise de position d’un  père émérite d’un foyer dans un courrier interne que nous nous sommes procuré :
« Il n’est pas bon, et il n’est pas conforme à la tradition des foyers, qu’on impose sans débat des orientations, surtout quand elles sont contraires à la justice, à la charité et au respect des personnes (mise en retraite). »
Ce prêtre met en cause également l’attitude de Gérard TESTARD, ancien président du mouvement charismatique FONDACIO [Nota : lié à l’EMMANUEL], qui aurait manipulé l’assemblée générale de 2016 pour faire adopter sans débat des textes de nouvelle Gouvernance :
« Il apparaît donc que l’AG de 2016 a été manipulée avant le vote, et que beaucoup d’électeurs n’ont pas pu faire la prise de conscience nécessaire d’autant plus qu’un bon nombre d’entre eux était relativement « nouveaux » dans les foyers. Cela est confirmé par le fait que dans les articles des nouveaux  statuts juridiques proposés au vote et effectivement votés, il y en a quelques uns –le numéro 33 en particulier- qui n’avaient pas été approuvés en AG 2008, et qui sont resservis tels quels, en AG 2016 (Mais qui pouvait se souvenir de cela huit ans après ?). »
Dans ces conditions il n’est pas étonnant que le « modérateur » des Foyers , le Père Moïse NDIONE fasse référence dans un courrier du 26 juillet 2018 au climat pesant qui semble régner et qu’il ressente le besoin de faire la leçon à ses opposants :
 « Nous désirons par conséquent vivre dans un climat de communion, de partage fraternel ; or il arrive que des courriers voulant manifester remarques ou désapprobations prennent des détours étonnants, rejoignant souvent les mêmes personnes, et s'efforçant de tisser comme un réseau fermé parmi les Foyers, au risque de créer des clans. Permettez cette remarque : pourquoi donc envoyer des « lettres ouvertes » au lieu de chercher un dialogue direct avec l’autorité idoine ? Il y a des méthodes qui ne sont pas faites pour des Foyers de lumière, de charité et d’amour. »

Et puis il y a des « affaires »  qui refont surface et que l’actuelle Gouvernance doit reconnaître. Ainsi le 12 octobre 2018, le journaliste de la Croix, Gauthier Vaillant  écrivait :
 « Les Foyers de Charité ont révélé vendredi 12 octobre sur leur site l’existence de « plusieurs témoignages » de femmes faisant état de « gestes déplacés » et de « comportements inappropriés », portés contre le père André-Marie van der Borght.
Décédé en 2004, ce prêtre, fondateur du foyer de Tressaint (Côte d’Armor), était une figure charismatique de ce réseau de communautés. »
« C’est l’arrivée ces derniers mois de témoignages précis, par écrit et par oral, qui a finalement convaincu le modérateur de l’œuvre, en concertation avec les actuels responsables du foyer de Tressaint, de publier ce message. « Ces témoignages sont concordants, et ne laissent aucun doute sur leur crédibilité », souligne encore Honorine Grasset, précisant que le profil des victimes semble être pour l’heure celui de jeunes femmes. Elle n’indique pas à ce stade le nombre exact de témoignages, indiquant qu’elle s’attend à ce que d’autres arrivent dans les prochaines semaines. »
De même, sous la pression du témoignage courageux d’un couple respectable auprès de la gendarmerie locale, des affaires d’agressions sexuelles concernant le père Blard, responsable du foyer de Baye en Champagne, décédé en 2014, ont également refait surface et l’évêque de Châlons, Mgr Touvet, a bien dû admettre en octobre 2018 qu’il avait rencontré en 2017 les parents d’une des victimes présumées décédée en 2013. Ce prêtre, en raison de son comportement, avait déjà été « déplacé » en 1972 à l’Île Maurice suite à l’intervention d’un élu local. Mais, de retour en France en 1980, il avait été nommé en 1983 « Père » de ce Foyer de Charité.
Dans ce dernier cas il s’agirait de pédophilie, problème pour lequel, sentant probablement le vent tourner, dès l’automne 2017 le père Ndioné créait une cellule d’écoute interne.


Au-delà de ces affaires qui sèment le doute, ce que l’on retiendra surtout c’est que certaines Communautés nouvelles et charismatiques créées à la fin du siècle dernier désirent que Marthe Robin, si l’Eglise la béatifie comme on peut le pressentir, serve de caution à leurs pratiques dont on constate qu’elles sont souvent abusives.