Introduction

Que penser d’une communauté ?

Qu’il s’agisse d’une congrégation, d’un institut de vie consacrée, d’un couvent isolé, d’un foyer d’accueil, d’une ONG, régulièrement la question se pose : que faut-il en penser ?
 
Il ne nous appartient pas de porter des jugements définitifs, ni de mettre au point un système de cotation  combinant des signes négatifs ou des étoiles allant de : « à recommander » jusqu’à : « à éviter absolument » en passant par des jugements intermédiaires d’approbation ou de mise en garde.
 
C’est en effet à chacun en son for intérieur – dès lors que ce for intérieur est protégé- qu’il appartient de juger et de prendre vis-à-vis de telle communauté  sa décision d’engagement ou au contraire d’évitement ou de sortie. 

Quelques questions élémentaires faciliteront en préliminaire le discernement :

- question de génération : la communauté encourage-t-elle ses postulants à terminer leurs études et recherche-t-elle à recruter des personnes ayant déjà une expérience ?  Ou, au contraire, cherche-t-elle en priorité à recruter dès l’âge de 18 ans un maximum de jeunes peu formés débutant dans la vie adulte ?
- question d’argent : la communauté publie-t-elle ses comptes ? Est-elle transparente sur son organisation juridique et sa gestion financière ?
- question de pouvoir : les décisions sont-elles prises de manière délibérative avec des instances de consultation, ou sont-elles le fait d’un Supérieur, d’un fondateur, ou d’une fondatrice qui opère ses choix sans recours possible ? Ou encore d’une instance de direction cooptée et non élue ?
- question de communication : Les règlements, les constitutions de la communauté sont-ils consultables aisément ? Sont-ils respectés ?
- question de statut : Y a-t-il confusion entre divers statuts : prêtrise, couples mariés et laïcs pour obtenir d’eux la même vie commune, la même obéissance ?
- question juridique : La communauté respecte-t-elle l’état de droit du pays où elle se trouve concernant les cotisations sociales, le droit à la santé et le secret médical, l’abus de faiblesse ?
- question d’idéologie : la pensée du fondateur est-elle une référence permanente ? Ses pensées, si justes soient-elles, sont-elles diffusées et répétées de façon insistante au détriment de tout autre enseignement et de tout débat interne ? Sa pensée est-elle inhibitrice de toute réflexion individuelle des membres de la communauté ?
- question de vocabulaire : la Communauté utilise-t-elle un vocabulaire spécifique qui lui est propre et n’est compréhensible que si on en est membre ? A –t-elle créé son propre jargon ?
- question de bon sens : Y a-t-il eu, à propos de cette communauté, des scandales ou des « affaires » rapportées dans les médias, ou connues d’un certain nombre de proches ?
- question d’humilité : La Communauté ou ses membres ont-ils tendance à se présenter comme une élite, le sel de la terre, comme les seuls détenteurs d’une vérité et à démoniser ou minimiser les autres ?  Entretient-elle la menace d’une damnation si on la quitte ou si on la rejette ?
 
Le fait de se poser ces questions doit tempérer un enthousiasme initial qui nuit à un bon discernement. On évitera ainsi, comme c’est souvent le cas, de voir des personnes qui ont connu des déboires ou ont eu leur jeunesse gâchée en raison  d’une orientation prise trop rapidement. 




COMMENT REPERER UN LIEU d’ABUS ?

                 Les repères fournis permettront de distinguer les communautés saines de celles que l’on pourrait appeler à divers titres les « lieux d’abus ».


-         Abus spirituel : usage d’une autorité spirituelle attribuée au nom de Dieu ou de la Transcendance pour manipuler et exercer une emprise sur des personnes,                selon des techniques de soumission librement consentie

-          Abus sexuel : il découle souvent dans une communauté religieuse de l’abus spirituel qui lui sert de prétexte

-         Abus de conscience : pénétration dans l’intimité de la personne, son for intérieur. Il s’agit d’une forme de viol qui peut être prétextée par la direction de                       conscience  mal comprise.

-          Abus de pouvoir : Souvent le fait d’un supérieur, d’un fondateur (d’une fondatrice), d’un maître ou d’une maîtresse de novices, ou d’un système de pouvoir                  impersonnel mis en place, il se caractérise par un détournement du vœu d’obéissance, une infantilisation accrue, une interprétation unilatérale de règles                      communautaires tenues secrètes

-           De ces divers types d’abus peut découler l’abus financier, le désir de profiter   ressources ou du patrimoine de la personne  sous emprise.

-          Abus physique : l’abus physique peut faire partie du système d’emprise. Il consiste à maintenir la personne en état de fatigue permanent ou de surmenage, 
          à contrôler sa santé en lui imposant le choix du médecin, à décider pour elle des soins à faire, des médicaments à lui donner, notamment quand il s’agit                       d’antidépresseurs. Il se peut également qu’un contrôle soit exercé de façon excessive sur la consommation d’articles d’hygiène, sur l’habillement. La                             consommation d’alimentation insuffisante ou de produits périmés affaiblit la personne dans son corps et la rend par conséquent plus dépendante.