INTRODUCTION

Avançons


Il nous a paru nécessaire de coordonner par le moyen d'un document mis en commun, l'énergie des uns et des autres, acteurs dans l'effort pour aider les victimes des dérives dans les mouvements religieux et pour remédier à ces douloureuses problématiques. C'est sur le sujet catholique que nous nous sommes arrêtés, puisque c'est l'endroit d'expertise de l'AVREF, et que chaque situation demande de la précision et d'être évaluée et réglée dans son contexte. Mais la réflexion est partagée avec les associations généralistes sur les faits sectaires. Et nous avons mis à contribution anciens membres de communautés, médecins, ecclésiastiques, juristes.
 
Ce document est une étape qui peut paraître nouvelle, et qui serait pleinement réussie lorsque les différentes parties, Institution comprise, communiqueront ouvertement sur ce qui y est discuté.
En effet, la longue histoire d'accompagnement des victimes donne aux associations d'aide une forte expertise sur les processus déviants, et, dans notre cas, une connaissance intime. Intime, parce que d'anciens membres ont rejoint l'association, et apportent leur connaissance irremplaçable.
 
Le mal est inscrit dans des structures, des systèmes, des fonctionnements, il a fait son sillon dans les chairs. Il a même tué. Ou détruit ce qui fait se tenir une personne.
Il vaudrait la peine d'en tracer l'historique, d'en chercher les racines dans l'Institution elle-même. Ceci serait un acte de courage certainement salutaire. Mais qui renvoie à un chantier très vaste et qui appartient à l'Institution.
Le plus proche, et qui peut réunir tout le monde, est de résoudre les situations actuelles avec les moyens dont on dispose.
 
Nous sommes toujours étonnés, dans les cas que nous suivons, de constater que les enquêtes canoniques n'aboutissent souvent qu'à maintenir les responsables en place, sauf un chef qu'on sacrifie, lequel souvent continue son influence en secret.
Nous savons la difficulté des discernements.
La gestion d'une communauté déviante est intrinsèquement pervertie, et elle sait se donner toutes les apparences de la normalité. Elle sait mimer son moule. Elle pervertit ses propres membres.
Il faut cesser de laisser une si grande autonomie aux communautés, eussent-elles toutes les apparences de la santé. Il est de la responsabilité de l'autorité ecclésiale, à ses différents échelons, d'exercer sa vigilance continue. Qu'elle revendique son autonomie est légitime, même dans la gestion de ces crises (quoique bien souvent le pénal soit requis). Mais si nous avons à gérer les victimes, nous sommes bien obligés de questionner le contexte et d'entrer dans un dialogue précis et ouvert avec les responsables d'une Institution qui héberge ou qui est atteinte par ces dérives.
 
Il nous a donc semblé qu'en décrivant les dérives depuis l'entrée du postulant (ou de la postulante) jusqu'à son éventuelle sortie, nous pouvions indiquer dans la meilleure précision les parades accessibles et repérer des déficiences dans la gestion des crises.
 
Des abus systématiques (au regard du droit : civil, pénal, mais aussi canonique) se trouvent dans nombre de communautés dites nouvelles, mais sont aussi repérables dans des plus anciennes, dans des îlots de congrégations classiques, abbayes, prieurés, ce qui renvoie à des pièges récurrents dans l'Histoire, mais qui ont aujourd'hui ces visages nouveaux : dérives aux configurations systématiques, abouties, comme scientifiques, quelquefois mondialisées, et qu'il est temps de décrypter et de combattre ensemble.
 
Le mot communauté que nous employons de façon générique est impropre en bien des cas, mais nous sommes obligés de nous tenir à une terminologie. Il concerne dans nos propos des réalités aussi diverses que des congrégations, des fraternités, des associations diocésaines, des prélatures, des « mouvements », des instituts réguliers, séculiers… et proprement des communautés religieuses.
Il s'agit donc de tant d'institutions qui se définissent dans une unité de charisme ou dans une vie communautaire, avec leurs statuts propres, leur (a-)territorialité, leurs labels canoniques. Elles ne sont pas toutes religieuses au sens strict, et même peuvent s'en démarquer, intégrant des laïcs (c'est-à-dire des non-religieux) ou se revendiquant même de la laïcité. Mais on observe un décalque dans les processus d'engagement, quelles que soient les dénominations. Parler d'engagement définitif au célibat, de célibat apostolique, de vie consacrée, de vœux, par exemple, c'est parler d'obligations et de processus comparables.
 
C'est ainsi que nous utiliserons le lexique des communautés religieuses au sens strict, mais l'on saura faire pour chaque cas les parallèles. Des développements sur le cas d'engagements à vie de personnes mariées en ce qui touche leurs spécificités seront faits ultérieurement.
 
Puissions-nous maintenant mieux avancer, en société, sur ces problèmes de société.
 
 
Aymeri Suarez-Pazos.
Président de l'AVREF.

Page 2 sur 25