Le Mouvement des Focolari (MARIAPOLI)

Fondé en 1943 par une institutrice italienne de vingt-trois ans, Silvia (surnommée Chiara) Lubich (1920-2008), en Italie, le mouvement des Focolari est, par ses effectifs, une des plus importantes et des plus influentes organisations d'un nouveau type qui ont connu un développement rapide au sein de l'Église romaine dans la seconde moitié du XXème siècle. Bien qu'il soit composé majoritairement de laïcs, ce mouvement cherche à intégrer des membres de l'Église de tout statut : jeunes, adultes mariés et célibataires, prêtres, religieux des deux sexes.
Les Focolari (du mot « foyer » en italien) revendiquent plus de 100.000 adhérents répartis dans le monde. Ils seraient environ 2.500 en France, dont beaucoup seraient des « laïcs consacrés », expression sur laquelle l’AVREF émet des réserves car il faut toujours préciser en quoi consiste cette « consécration » et à quoi elle engage. Certains vivent en « maisons », ou se retrouvent dans des « mariopolis », sortes de cités-pilote.
Leur pensée sociale s’intitule « économie de communion ».
Le mouvement se réclame de grands principes fédérateurs : il veut contribuer à « l’unité de la famille humaine », à la « fraternité ». Il a lancé les « jeunes pour un monde uni ». En effet les Focolari pratiquent une politique de propagande active auprès de la Jeunesse avec des rassemblements « Genfest » qui ruissellent de bons sentiments.
Pour ce faire le mouvement a créé une ONG « New Humanity » et souhaite la mise en place au niveau mondial d’un « observatoire permanent de la fraternité » pour étudier des initiatives en faveur d’un « accroissement de fraternité ».
Au-delà de ces discours convenus diffusés pour « ratisser large », il est conseillé de vérifier le fonctionnement quotidien des focolare, leur organisation, leur mode de financement, la liberté dont jouissent les laïcs, étudiants et jeunes travailleurs dans les foyers et maisons contrôlés par cette structure.
En effet le mouvement ne recule devant rien pour s’affirmer : lors de l’anniversaire d’un de ses centres de formation en Suisse il annonce tout de go : « Présent dans 182 pays, le  Mouvement des Focolari compte environ deux millions d’adhérents et de sympathisants, en majorité catholiques ». (article publié par Jacques Berset, journaliste de cath.ch). Evidemment un tel chiffre est aberrant, mais il reflète le besoin de s’affirmer.
Les Focolari renouent avec les utopies du XIXème siècle en voulant construire des cités idéales, les « mariopolis », sortes de phalanstères. Voici à ce sujet ce qu’on trouve sur leur site internet :
« Les cités-pilotes sont de  petites villes, des maquettes de la société, où se vivent des échanges entre générations, on y trouve des ateliers de fabrication, des écoles, des commerces, des studios artistiques. Mais…il y a un mais: dans ces cités-pilotes la première règle de vie sociale est l’amour réciproque entre tous les habitants. Et ce n’est pas par hasard que l’une d’entre elles, en Thaïlande, s’appelle « Règle d’or », celle-là même qui est présente en chaque culture et religion : fais aux autres ce que tu voudrais qu’on te fasse. « Villes sur la montagne », donc, « villes de formation », « villes du futur », villes « idéales », mais réelles, qu’on peut voir comme des exemples concrets et tangibles d’une société sans rivalités, ni compétitions, ni guerres, ni illégalités, ni haines. Des cités qui réalisent un rêve, celui d’un monde uni, telles des « suspensions lumineuses » d’une humanité qui regarde vers un futur de paix. »


Le risque de dérive ne vient pas tant de ce rêve que d’une référence constante aux écrits de la fondatrice, Chiara Lubich, même si celle-ci ne paraît pas vraiment avoir innové en matière de pensée religieuse ou théologique, ni en matière de doctrine sociale. Par exemple elle déclare que la voie de l’unité entre chrétiens passe par la prière et elle soutient la pratique du don dans l’économie de communion. Malgré ce manque d’originalité Chiara Lubich est l’objet d’une grande admiration de la part des Focolari qui la citent en permanence. Aussi n’y a-t-il pas vraiment de débat interne. Chiara Lubich n’écrivait-elle pas :
« Chaque âme des Focolari doit être une expression de moi et rien d’autre. Ma Parole contient toutes celles des Focolarines et des Focolari. Je les synthétise tous. Lorsque j’apparais ainsi ils doivent donc se laisser générer par moi, communier avec moi. Moi aussi, comme Jésus, je dois leur dire: «Celui qui mange ma chair ...». Pour vivre la Vie que Dieu leur a donnée, ils doivent se nourrir du Dieu qui vit dans mon âme. Leur attitude devant moi doit être un rien d’amour qui appelle mon amour.
……….
S’ils sont différents, je les abandonne en leur retirant aussi ce qu’ils croient avoir. Comme Jésus.
………
Nous formons avec cela une Unité et cette Unité vit en tous. Qui ne fait pas cela et veut garder quelque chose pour soi n’est rien ».

 
Un théologien qui a pris connaissance de ce texte en fait le commentaire suivant :
« C’est-à-dire que l’âme qui fait l’unité n’est pas le Christ, mais elle-même et donc tout doit passer par elle, de toute évidence, tout doit retourner chez elle et elle doit tout décider concernant tout le Mouvement. C’est là qu’il y a une déviation profonde. C’est la chose qui m’a le plus frappé. Le concept d’unité n’est pas la communion, mais l’identification à Chiara Lubich. »
 
Quand l’une de ses membres, Marisa BAU se suicide en 2012, la présidente du mouvement écrit : « Nous nous trouvons face à une situation tragique, douloureuse, qui voit l’œuvre identifiée plus que jamais aux drames de l’humanité d’aujourd’hui ». Mais les causes de ce suicide sont éludées et ne seront jamais abordées.
 
Soutenu par de hautes instances dans l’Eglise, le mouvement reste donc controversé. Certains lui reprochent un caractère sectaire. C’est ainsi qu’une ancienne « focolarine » écrit :
« Pendant mes années au focolare, je n’étais plus moi ; au fil des années les supérieures hiérarchiques ont réussi à anéantir ma vraie personnalité, mais pas à la faire mourir complètement- et cela a sauvé ma vie et mon vrai moi. Parfois je m’en veux de m’être laissé piéger dans ce mouvement, car j’ai laissé tomber beaucoup de mes projets mais cela fait partie de ma vie. Grâce à ma forte personnalité et mon esprit critique j’ai su m’en sortir au bon moment et retrouver mon vrai Moi que je suis à nouveau maintenant. »
 
C’est pourquoi certains de ceux qui ont quitté les Focolari ont créé leur propre site Internet.

Un dossier sur les Focolari est également consultable ICI.
Enfin une analyse plus détaillée peut être lue dans le livre « De l’emprise à la liberté » que nous citons en référence dans notre bibliographie.