L’OBLIGATION DE FORMATION

§1

« Tout au long de leur vie, les religieux poursuivront avec soin leur formation spirituelle, doctrinale et pratique, et les supérieurs leur en fourniront les moyens et le temps nécessaire » (CIC, c. 661).
Cette obligation a été reprise dans plusieurs directives pontificales et notamment de l’exhortation
« vita consacrata ». Elle a été réactualisée le 29.11.2013 par le pape François s’adressant aux Supérieurs d’Ordres masculins. La formation continue est valable tout au long de la vie et pas seulement durant le noviciat, "jusqu’au dernier souffle" comme l’affirme le Cardinal Braz de Aviz dans La Croix du 04.12.2015[1].
 
Il est important de noter qu’une formation exclusivement interne au mouvement ou à l’institution ne peut qu’être problématique, prêtant au danger de formatage et à toutes sortes de carences. On observe que souvent les institutions qui monopolisent la formation s’affranchissent de fondamentaux et sont tributaires de l’enseignement du fondateur, de ses déficiences du point de vue philosophique, théologique, voire ecclésiologique. La visée d’une telle formation, qui, pour s’inscrire dans la tradition catholique, peut se donner les apparences de la plus stricte orthodoxie, est de donner des réponses toute faites (qui satisfont l’institution), lesquelles peuvent rassurer des esprits inquiets mais n’aident pas et n’accompagnent pas une authentique croissance spirituelle ni humaine.
 
Il est donc important, si la formation n’est pas publique, de considérer qu’elle ne peut être réservée à des enseignants "maison". Le contenu de l’enseignement ne peut être privatisé, dès lors qu’il s’inscrit dans le corpus ecclésial. La vigilance repose sur l’Eglise qui par ses reconnaissances donne son seing à ces formations.

[1]https://www.la-croix.com/Religion/Actualite/

§2

Formation intellectuelle et professionnelle

Tous les moyens seront mis à disposition pour parfaire cette formation et, autant que de besoin, acquérir des titres et diplômes reconnus dans des Universités catholiques ou laïques, Ecoles et organismes de formation agréés. Il va de soi que les études engagées avant l’entrée dans la communauté doivent être menées à leur terme logique avant l’engagement dans la vie consacrée. Si la volonté du postulant était de les interrompre, la communauté devrait au contraire l’inciter à les mener jusqu’à leur terme. Ce que l'on observe, c’est le contraire : quantité de communautés convainquent des jeunes d’interrompre leur parcours universitaire ou diplômant pour répondre immédiatement à l’urgence de l’appel vocationnel.
 

Formation communautaire

Un processus d’intégration à la vie communautaire doit être mis en place selon diverses formules (tutorat, etc.). En outre le travail de groupe est en complément des tâches individuelles effectuées isolément, car il fait partie de l’apprentissage communautaire.
 

Formation spirituelle

Un soin particulier doit être donné à une formation élargie. En aucun cas cette formation ne doit être limitée aux seuls écrits du fondateur de la communauté. Elle doit comporter obligatoirement une ouverture vers la pensée et la spiritualité d’autres communautés et d’autres auteurs.
 

Formation apostolique

C’est un souhait du Pape François. Elle implique nécessairement une ouverture vers l’extérieur, vers le monde actuel et ses réalités, même et surtout si les personnes consacrées sont cloîtrées.
 
Il est à noter un point de vigilance. On peut penser qu'il est inutile d'insister sur cette formation apostolique. Or si toute communauté se réclame de l’apostolat, certaines abusent de cette notion au profit d’un prosélytisme agressif tel que celui stigmatisé par le pape François dans ses entretiens d’août 2013 avec le père Spadaro publiés dans la revue jésuite "Etudes" en octobre de la même année.
 
La formation apostolique ne signifie donc pas apprendre et appliquer les schémas d’apostolat du mouvement, mais entrer en intelligence avec le monde dans la visée d’un dialogue. L’absence d’écoute du monde est contre-productive à une fin d’apostolat. La formation apostolique ne peut se réduire à une méthodologie fondée sur l’idée de production de vocations, mimétique d’un esprit industriel et de concurrence. Elle n'est pas prosélytisme. Et elle ne peut réduire le monde extérieur à des comportements schématiques.
 
La formation apostolique devra donc se mettre à jour sur les directives de l’Eglise en ce sens.
C'est dire aussi que la réduction de la dimension « apostolique » au seul prosélytisme est la manifestation d'un manque flagrant d'unité au corps entier de l'Eglise à laquelle la communauté est censée appartenir et avec laquelle elle doit s'harmoniser.
 
Mais comment espérer une telle formation quand la personne membre n’a pas elle-même été respectée dans le processus de maturation de sa vocation ?

§3

Formation des responsables

De solides connaissances en droit canonique ou en théologie ne sont pas suffisantes pour exercer la fonction de responsable à différents niveaux dans une communauté. Diverses actions judiciaires et plaintes récemment déposées démontrent la nécessité d’une formation renforcée destinée aux responsables que ce soit en matière économique, juridique ainsi qu’en sciences du comportement. Il devra s’agir de principes simples, mais fondamentaux constituant un corpus de connaissances indispensables. Le responsable doit déléguer à d'autres compétences en fonction des besoins.

En matière juridique et de gestion

Respect des règles civiles, sociales, commerciales, fiscales et administratives, des contrats passés, de la circulaire La Martinière[1] et des limites de son champ d’application ;
 
Respect des principes du droit des associations, du droit social (les critères du contrat de travail, les cotisations obligatoires, les règles d’expatriation), du droit civil et de la définition des responsabilités, des règles de séjour des étrangers, du droit pénal (abus de faiblesse, protection de la jeunesse, pédophilie...), du droit de la santé (secret médical, liberté de choix du médecin, information des proches, limites des médecines alternatives);


En matière de sciences du comportement

De façon générale on s’attachera à améliorer les capacités de discernement des personnalités. Les sujets abordés seront : les règles de l’entretien, de l’accompagnement, les personnalités difficiles, les personnalités fragiles, la dépression, les dérives sectaires et l’emprise mentale, les thérapies douteuses qui se mettent sous couvert de méthodologies à la mode, fussent-elles ou non scientifiques (Ennéagramme, etc.).

Formation des formateurs

Une formation intercommunautaire des formateurs nous paraît le meilleur moyen d’éviter qu’une communauté ne se constitue en groupe isolé. Elle doit tenir compte des évolutions et des réalités du monde moderne, des progrès des sciences de l’éducation et de l’information, des avancées constatées dans l’Exégèse et les sciences bibliques. Elle ne doit en aucune façon être confiée à un seul Groupe.
 
Pour être fructueuse, elle doit permettre aux différents mouvements et sensibilités de s’exprimer dans des sessions appropriées.
 
On peut se poser la question de l'ancrage dans la formation diocésaine. Il serait en effet utile que soit mise en place une formation dans les diocèses à laquelle seraient tenus de participer les formateurs des communautés.

[1] Circulaire La Martinière : Circulaire de la Direction Générale des Impôts française en date du 7 janvier 1966, du nom d'un haut fonctionnaire. Elle a pour objet : "la situation fiscale des membres du clergé catholique", c'est à dire des membres du clergé séculier, des religieux et des religieuses. Elle régit ainsi depuis 50 ans un régime fiscal avantageux pour l'Eglise de France, à condition que soient respectées certaines règles bien précises.

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