SECTION 3 - L’aide à la fuite

§1

Il est des cas où la seule façon de quitter une communauté, pour la victime, consiste à s’enfuir, à partir sans prévenir.
 
En effet en cas d’abus caractérisé, qu’il soit physique mais aussi psychologique, la victime obéit à une impulsion du moment qui est le résultat d’une suite de « déclics » qui l’ont amenée à prendre sa décision. Dans ce cas la fuite est la seule façon de quitter la communauté. Tout avertissement préalable adressé à l’abuseur bloque en effet cette issue et la menace d’apostasie associée à la diabolisation du monde extérieur accentue l’effet bloquant. Sans compter les stratégies qui seront mises en place pour conditionner affectivement un retour sur sa décision.
 
Par conséquent il se peut très bien que cette fuite s’effectue sans papiers d’identité (car ils ne sont pas accessibles), sans argent, sans effets personnels, voire même sans adresse précise où se rendre. En d’autres termes le « fuyard » d’une communauté abusive peut très bien se retrouver dans la situation d’un(e) SDF puisqu’il (elle) n’a pas eu la possibilité de partir au terme d’un échange serein et qu’il (elle) a dû s’échapper sans attirer l’attention. Pour éviter une situation aussi redoutable certaines personnes restent présentes contre leur gré dans des communautés. Elles y sont en quelque sorte otages.
 
Le caractère critique de cette situation est encore aggravé pour les personnes qui n’ont pas la nationalité française et sont déracinées car natives de pays en voie de développement. Une attention particulière doit être accordée à leur cas en relation, par exemple, avec la CIMADE[1] ou un organisme analogue.
 
C’est pourquoi nous demandons qu’un dispositif spécifique (numéro vert ; cellule d’accueil ; soutien psychologique ; aide d’urgence) soit mis en place pour faciliter l’accueil des "fuyards" et permettre l’exfiltration de ceux (celles) qui attendent cette opportunité.
 
C’est à la Conférence des évêques ou à la CORREF[2] en France, et à leurs équivalents ailleurs qu’il appartient de mettre en place un dispositif indépendant, une cellule d'urgence, qui sera placé sous leur responsabilité dans un strict respect de la confidentialité. Cette cellule aura également pour tâche de récupérer le cas échéant les documents et/ou effets personnels du démissionnaire. Elle disposera à cet effet d’un mandat particulier et d’une autorité reconnue pour ce type de démarche, évitant ainsi à la victime – qui n’en a pas encore la force – d’affronter ses abuseurs.
 
Si la communauté dont est issue la personne est canoniquement de droit pontifical, il est également du devoir strict de l’évêque du lieu, outre son rôle d’accueil, de servir de relais pour alerter au Vatican les autorités compétentes et en informer l’intéressé(e).
 
Par ailleurs, face aux questions organisationnelles que posent tant de situations, les associations[3] peuvent collaborer pour trouver des solutions de survie et de réinsertion à la personne (associations d’aide au logement, foyers d’hébergement, aide à la recherche d’emploi, assistance juridique…).

[1] La CIMADE se définit en France comme une association de solidarité active avec les migrants, les réfugiés et les demandeurs d’asile. Elle agit pour le respect des droits et la dignité des personnes.
[2] CORREF : Conférence des Religieux et Religieuses de France regroupe les congrégations du clergé régulier, les ordres religieux et différents Instituts.
[3] Jusqu’à ce jour l’AVREF a trouvé plus de soutien et de compréhension de la part d’associations non confessionnelles que de la part des réseaux catholiques officiels.

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