SECTION 4 - L’aide à la reconstruction personnelle

§1 Désastre sur les personnes et besoins pour leur reconstruction

Etat des lieux

Les besoins sont importants de façon massive dans des communautés dites nouvelles ou nouveaux mouvements ecclésiaux et de façon locale plus ponctuelle dans des congrégations traditionnelles.
 
Globalement le nombre des victimes est impressionnant, malgré le silence encore largement dominant sur ces sujets. Et les victimes se manifestent de plus en plus auprès des associations, alors que jusqu’ici elles pouvaient ne se manifester que sur des forums internet.
 
D’autre part ces besoins se font sentir dans tous les pays du monde où un membre d’une communauté présente décide de s’enfuir et de s’exfiltrer. Il convient donc de globaliser cette question.
 
Ces besoins d’accompagnement peuvent être de l’ordre du « coup de pouce » pour un recadrage, une remise en route de la personne. Mais ils peuvent aussi être lourds : on ne sait jamais quand finira un accompagnement que l’on entreprend, quand on pourra affirmer qu’une reconstruction personnelle est achevée. Certaines blessures ne guérissent pas et l’accompagnement va donc s’étaler sur plusieurs années.
 
Dans ces conditions les associations d'aide, qui essaient de se coordonner dans leurs complémentarités, disposent de faibles moyens et ont peine à faire face à la complexité, à l’ampleur, à la globalisation et à la quantité des problèmes posés. Il est nécessaire de dialoguer avec l'instance ecclésiale pour envisager les résolutions humaines dans leur globalité.

Le déni de réalité

Il provient notamment de ceux qui, dans les structures ecclésiales, se sont orientés vers l’aide aux démunis, aux isolés, aux plus faibles. Bénévoles, mais mal informés, ils considèrent à tort que ces victimes sont des apostats qui ont quitté l’Eglise et n’ont pas à être soutenus. Très concrètement, à titre d’exemple, pour une situation dramatique comme celle des ex-Travailleuses Missionnaires, les aides et la compréhension reçues sont venues d’une association comme la CIMADE, non catholique, tandis que les réseaux caritatifs catholiques traditionnels sollicités se sont désintéressés du sujet en restant étrangement silencieux.
 
De façon générale l’ampleur du problème est largement sous-estimée en raison du silence des victimes face à une autorité à laquelle elles ont été trop longtemps soumises pour pouvoir ensuite aisément l’affronter.

§2

Les mesures à prendre

Au plus haut niveau des « Caritas » internationales et nationales et des structures d’entraide catholiques (St Vincent de Paul, …) une information doit être donnée pour qu’il soit enfin reconnu que des structures d’Eglise, elles aussi, par leur comportement ont abusé de jeunes et d’adultes, ont fait des victimes et en font encore. Les bénévoles de ces réseaux doivent être informés et rendus conscients qu’il n’y a pas que la pédophilie qui crée des situations dramatiques.
 
 
Ce fait étant admis, les mouvements caritatifs doivent accepter de recevoir celles et ceux qui sont sortis de communautés et de les aider selon la tradition ecclésiale comme des membres souffrants, et sans les juger, quelle que soit désormais l’attitude de ces victimes vis-à-vis de la religion suite aux abus physiques ou psychologiques qu’on leur a fait subir au nom de l’Eglise. Une formation à l’accompagnement avec explication des mécanismes d’emprise et d’abus de faiblesse doit être dispensée aux membres de ces mouvements d’entraide pour faciliter la compréhension et encourager les bonnes attitudes[1]. Elles ont à considérer qu’il est du premier devoir de l’Eglise de réparer les dommages sur personnes dont elle est elle-même responsable.
 

[1] Pour bien nous faire comprendre des lecteurs qui seraient peu informés de ces sujets, prenons le cas de la quinzaine de travailleuses missionnaires de la Famille Missionnaire Donum Dei, actuellement exploitées au sanctuaire marial de Lujan en Argentine. Ces femmes sont originaires d’Afrique ou d’Asie. Quand le scandale de leur situation éclatera - et ce sera tôt ou tard - les Argentins choqués par ce qui leur sera révélé et conscients de la dévotion que porte le Pape François à Notre Dame de Lujan essaieront – nous n’en doutons pas - de venir en aide à ces personnes. Mais comment remédier à leur situation quand on sait que le retour dans le pays d’origine est exclu car elles y seraient ostracisées Ce n’est pas l’action de bienfaisance traditionnelle qui pourra résoudre leurs problèmes d’accompagnement, de réinsertion et de reconstruction. C’est toute une chaîne internationale de solidarité qu’il faut anticiper, financer, organiser en respectant chaque situation individuelle. C’est donc une mobilisation à mettre en place entre différentes instances. Ce problème se pose de toutes façons dès qu’une personne a été envoyée hors de son pays d’origine et ainsi coupée de ses racines, ce qui est de plus en plus fréquent.

§3 L’accompagnement spirituel des victimes

Cette instance concerne les anciennes victimes désireuses de retourner à une vie civile laïque. Si certaines d’entre elles souhaitent poursuivre dans une vie religieuse communautaire ou bénéficier d’un accompagnement spirituel, cette question peut également être traitée, mais elle n’est pas du ressort des associations. Il faut considérer comme fondamental pour beaucoup de ces personnes une telle prise en charge par l’Eglise. S'il est de la liberté de la personne de ne plus avoir recours à l'Eglise, il est nécessaire que l'Eglise propose un suivi désintéressé pour aider la personne à se reconstruire sur le plan spirituel.

§4 L’accompagnement personnel psychologique

Parfois cet accompagnement sera de type médical (psychiatrique) et ses frais devront être supportés par la communauté d’origine ainsi que les dépenses pharmaceutiques qui y sont associées pour une longue durée.
 
Parfois cet accompagnement sera de type psychologique et il faudra s’assurer que le professionnel auquel il sera fait appel est bien informé des phénomènes d’emprise et de dérive sectaire, ce qui n’est pas toujours le cas. Bien sûr aussi, qu’il soit indépendant des mouvements incriminés.
 
Parfois, enfin, cet accompagnement sera le fait d’un proche ou d’un bénévole qui, s’appuyant sur des principes de bon sens, et attentif à l’écoute, pourra dans une relation de confiance accomplir un travail d’aide très efficace.
 
Il n’y a donc pas de règle absolue, chaque cas individuel devant être considéré comme unique.
 
En complément à l’accompagnement individuel, on ne peut que souhaiter que se mettent en place, comme cela se fait avec l’ICSA[1] aux Etats-Unis, des groupes de parole d’anciens membres de communautés abusives et des ateliers permettant d’échanger et de s’entraider. L’intérêt du travail de groupe est considérable dans la mesure où il permet à la victime de s’évaluer par rapport à d’autres et ainsi de relativiser ce qu’elle considère comme une expérience dégradante unique dont elle ne peut pas parler ou qu’elle ne pourrait pas partager avec d’autres.[2]
 
Il arrive souvent qu’une telle personne, même laïque, ait donné partie ou toutes ses années d’activité au service non rémunéré de la communauté. Il convient de réparer ces situations et de ne plus les admettre.

[1] International Cultic Studies Association, la principale association américaine qui s'intéresse aux dérives sectaires ou abus dans les différentes Eglises et dispense des séminaires de reconstruction psychologique personnelle pour les ex-adeptes de cultes abusifs.
[2] Dans ce domaine le remarquable travail d’associations bénévoles comme "c’est à dire" présidée par le Docteur Isabelle CHARTIER-SIBEN doit être soutenu et encouragé, sachant qu’une association de ce type est aujourd’hui complètement surchargée vu l’ampleur du phénomène à traiter.

§5 L’accompagnement financier et administratif

Très concrètement la personne qui sort d’une communauté éprouve des besoins financiers pour subvenir à sa survie immédiate. C’est d’ailleurs une des craintes principales qui fait obstacle aux départs. Au moment du départ l’ex-membre de la communauté doit se voir remettre tous ses effets et tous ses papiers personnels. Toutes les attestations nécessaires doivent lui être délivrées pour ses démarches administratives. S’il s’agit d’un laïc, un certificat de travail doit lui être remis conformément aux obligations légales ainsi que les justificatifs demandés par les services publics de l’Emploi. Une somme d’argent décente en espèces doit lui être remise, correspondant au minimum à un mois de RSA. Si la personne ne se trouve pas dans son pays d’origine c’est à la communauté qu’il appartient de prendre en charge les frais de transport et d’hébergement jusqu’à ce que le rapatriement soit effectif.
L'autorité ecclésiale, à travers la cellule d'urgence pré-citée, veillera à ce que la communauté respecte ces obligations.

§6  L’accompagnement dans la recherche d’emploi

Ceci regarde des associations spécialisées, auxquelles on peut adresser les ex-membres.

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