Sous la direction de Vincent Hanssens

§1

Ces témoignages sont également soumis à d’autres analyses.
Jean-Marie Hennaux, jésuite, théologien, Sœur Vitalina Floris, religieuse ermite à l‘écoute des victimes de dérives sectaires, Monique Tiberghien , psychothérapeute transpersonnelle, Miguel Perlado , psychanalyste, Pascal Hubert, juriste, Renata Patti qui est à l’initiative de ce livre et qui connut, elle aussi, des dérives sectaires au sein des Focolari, le Père Dominique Auzenet, délégué diocésain à la Pastorale : « Nouvelles Croyances et Dérives Sectaires » qui a créé un site web sur cette thématique et le Père Vignon, juge ecclésiastique font part du regard qu’ils portent, à partir de leur perspective propre, sur le fonctionnement de ces mouvements.
Le Père Hennaux se centre sur certains concepts et principes d’ordre théologique en vigueur dans ces mouvements ; il retient particulièrement le concept d’unité tel que le concevait Chiara Lubich, co-fondatrice des Focolari. Se basant sur différents textes écrits par elle, il y relève de graves erreurs au regard de la doctrine de l’Eglise
Sœur Floris souligne combien certaines pratiques au sein de ces mouvements pervertissent le sens et la portée des 3 vœux fondamentaux de la vie consacrée, chasteté, obéissance et pauvreté.
Monique Tiberghien, se référant à l’enseignement de la spiritualité pratiqué notamment dans le bouddhisme tibétain, rappelle les 3 phases qui marquent un tel apprentissage et qui sont la purification, l’illumination et l’intégration.

§2

Elle montre l’importance de cette troisième phase dont l’absence ouvre les portes aux dérives sectaires. Des théories plus récentes, comme la théorie quantique, font mieux comprendre encore le sens et le rôle essentiels qu’elle a. En effet, l’évolution spirituelle de l’homme interconnecté avec tous les autres êtres du cosmos, ne peut avoir lieu que d’une manière convergente avec cette disposition et non en coupure, en rupture avec celle-ci. Lorsque l’intégration n’est pas accomplie, ce que laissent voir certains de ces mouvements d’église, l’individu ne peut accéder à l’état de reliance spirituelle auquel sa nature profonde aspire. Il devient la proie et le complice d’entreprises sectaires. (secare : couper)

Miguel Perlado précise qu’il préfère parler de « relations sectaires » plutôt que de sectes. S’interrogeant sur la motivation des personnes s’affiliant à des groupes à tendance sectaire, il distingue 3 types de psychopathologie pouvant être à l’œuvre : type paranoïde, obsessionnel ou pervers-sadomasochiste. Il montre que la relation sectaire entre deux ou plusieurs personnes est une « relation de domination, en ce sens que le gourou prend possession de l’esprit de l’autre », entreprise dont l’auteur analyse l’action. Constatant que le sectaire est le négatif de la spiritualité, il indique quelques lignes directrices qui aident à « distinguer une spiritualité qui vise l’autonomie de la personne, d’autres méthodes qui visent sa soumission et son contrôle ».

§3

Pascal Hubert définit ce que l’on entend par dérives sectaires aux yeux de la loi et met en relief la notion centrale d’ « abus de faiblesse ». Il examine les différentes actions qui peuvent être entreprises, en France et en Belgique, à l’encontre des dérives. Il se réfère également à la jurisprudence européenne. S’attachant à quelques témoignages mentionnés au chapitre 2, il constate que ceux-ci indiquent bien l’existence de pratiques sectaires dans l’Eglise catholique tout en rappelant, en ce qui concerne les recours éventuels, qu’il y a lieu de distinguer entre dérive sectaire et faute pénale, la première n’étant pas ipso facto constitutive d’un délit.
Renata Patti, fait l’histoire du livre et relate les deux entretiens qu’elle a eus avec le Cardinal Martini.
Don Damiano Modena, assistant personnel du Cardinal au cours des trois dernières années de sa vie, se fait le porte-parole et l’interprète de sa pensée et montre que les objectifs et les pratiques de ces mouvements n’allaient pas sans lui poser certaines questions.

§4

Le Père Dominique Auzenet reprend une grille d’identification de dérives sectaires à l’intérieur d’institutions portant sur quatre aspects du fonctionnement déviant dans les groupes : le culte de la personnalité, la coupure avec l’extérieur, la manipulation et l’incohérence de la vie, aspects qu’il commente. Il pose cinq questions sur le repérage et le traitement des dérives sectaires dans l’Eglise.
Citant Saint Paul, « Là où est l’esprit du Seigneur, là est la liberté », le Père Pierre Vignon voit dans les écrits de l’apôtre le meilleur antidote contre le poison de l’emprise et c’est en s’en inspirant qu’il fait la synthèse des différentes contributions, synthèse qu’il complète par des conclusions et des suggestions.