Témoin anonyme ancien de st jean

§1

Mon nom est…. Je suis entré dans la Congrégation de St Jean en… et suis parti en…. J’écris pour vous informer de mon expérience de certains comportements irréguliers de la part du P. Marie-Dominique Philippe, o.p., le fondateur de la Congrégation St Jean. J’ai été informé par le P… que plusieurs anciens membres de la Congrégation se sont plaint de comportements sexuellement manipulateurs ou prédateurs de la part du P. Philippe, et je voudrais joindre ma plainte à la leur.
 
Le premier incident s’est produit à la veille de la Fête de l’Ascension, vers 22h ; je ne suis pas sûr si c’était en… ou en…. En tant que directeur spirituel, le P. Philippe était assis près de moi, de sorte que nos genoux se touchaient, comme c’était souvent le cas. À cette occasion, il a commencé à caresser ma main pendant plusieurs minutes. Sur le moment, j’ai trouvé cela déconcertant, puisque c’était clairement un comportement approprié à une relation romantique plutôt qu’à la direction spirituelle. Je dis cela en raison de la nature sensuelle du contact (promenant son doigt sur la paume de ma main quelques minutes, alors que je continuais à parler de questions de théologie ou de vie spirituelle).
 
Je ne me rappelle pas la date du deuxième incident ; peut-être une année plus tard environ. Il était autour de 22h ou 23h du soir. Je faisais ma confession au P. Philippe ; il tenait ma main dans la sienne entre ses genoux, la caressant de temps en temps. Il a progressivement attiré ma main plus près entre ses jambes jusqu’à toucher ses organes génitaux. Embarrassé et plutôt dégoûté, j’ai retiré ma main. Il m’a alors donné l’absolution comme si de rien n’était.
 
À l’époque, j’ai mis oublié cet incident, le considérant comme une sorte d’erreur de la part du Fr. Philippe ; je pense maintenant que n’est pas le cas. Tandis que, sur l’échelle des abus sexuels, ce cas n’est pas le plus flagrant, il est cependant à qualifier d’abus sexuel s’il était intentionnel de la part du P. Philippe, ce que je pense. Pour comprendre que c’était abusif, il suffit d’imaginer la même chose se produisant en public entre une personne consentante et une personne non-consentante, ou entre un adulte et un enfant. En effet, le P. Philippe peut avoir pensé que j’aurais réagi différemment (c’est-à-dire positivement) à un tel comportement suggestif. Je pense que ces deux cas reflètent une initiation à ces comportements ouvertement sexuels dont le P. Philippe a été accusé. Le deuxième cas est sexuellement abusif par nature, et je le considère comme un abus d’autorité flagrant de la part du P. Philippe, en tant qu’homme plus âgé, professeur, prêtre et le fondateur d’un ordre religieux.

§2

De plus, je pense qu’il est important que les accusations contre le P. Philippe soient considérées dans le contexte de la mauvaise conduite sexuelle qui sévit plus ou moins chez les Frères de St Jean. Alors que je n’ai jamais personnellement été témoin de tels manquements (autres que ceux que je viens de rapporter), un ami ancien frère à orientation homosexuelle, m’a confié qu’il avait quitté en partie à cause de la difficulté à rester chaste, et qu’il avait surpris une fois deux frères engagés dans des relations sexuelles bucco-génitales. Un autre frère m’a confié que plusieurs membres du Conseil Général du Prieur seraient venus la nuit dans sa cellule pour du sexe. Plusieurs anciens frères ont témoigné d’activités sexuelles avec le P. Marie-Dominique Goutierre, le responsable des études, pendant que j’étais à St Jodard (la maison de formation des frères).
 
C’est ma conviction personnelle que le P. Philippe a protégé plusieurs Pères divers et variés (le P. Marie-Dominique Goutierre, des témoins ont affirmé que des frères passaient la nuit dans sa cellule ; le P. Francesco, accusé de pédophilie et viol d’une jeune femme nommée… en… ; etc. etc.) et des Sœurs (Mère Myriam, accusée de traitements sadiques sur ses subalternes) parce qu’il était engagé lui-même dans une mauvaise conduite sexuelle ; il avait donc peur d’entreprendre une action contre les autres. Une Sœur ursuline a été témoin que le P. Philippe et la Mère Myriam battaient une Sœur partiellement habillée jusqu’à ce qu’elle soit en sang, et elle a relaté cela dans un programme radio qui a été diffusé en Suisse il y a plusieurs années.
 
Je pourrais rapporter assez longuement les histoires de certains de ces frères comme glanées de conversations avec d’autres ex-frères, bien que je ne sache pas quelle valeur des informations de seconde main pourraient avoir pour…. Je suis sûr que le P… ou le P… pourraient aussi fournir des comptes-rendus semblables. S’il devait planer quelque doute quant à la véracité de ce que j’écris de mon expérience, je connais aussi un prêtre qui est une personne de votre entourage, digne de confiance, qui peut garantir que je n’inventerais jamais une accusation aussi grave.
 
Je ne discute pas le fait que le P. Philippe était un homme brillant, qui a fait beaucoup de bien pour l’Église ; mais j’ai l’espoir que les actions du P. Philippe soient rendues publiques, de façon identique à ce qui a été fait quant au P. Maciel. Une des meilleures façons de commencer à diminuer la prédation sexuelle dans l’Église est de reconnaître qu’elle a existé. Nous sommes tous pécheurs, mais quand un prêtre tire avantage de son pouvoir sur ses subalternes, de telles actions devraient être dénoncées. Si un frère de rang inférieur dans la Congrégation avait fait de telles choses, je me serais immédiatement plaint ; mais je ne l’ai pas fait parce que le P. Philippe était lui-même l’autorité la plus haute à laquelle j’aurais pu me plaindre.