TM éviction Lisieux

§1

Il faut dire que les travailleuses missionnaires de l’Immaculée, les « TM » comme on les appelle avaient déjà été exclues du foyer Louis et Zélie Martin de Lisieux dont elles avaient la charge suite à une « descente » de l’URSSAF sur les lieux.
Il faut dire également que l’AVREF avait publié trois documents à charge dont deux livres noirs avec des témoignages accablants.
Il faut dire enfin que la MIVILUDES s’était emparée du dossier et que son président s’était publiquement engagé pour que cesse le scandale.
Nous avions pour notre part entretenu la campagne médiatique développée dans la presse régionale et relayée dans la presse féminine nationale. Enfin la divulgation d’une convention ancienne dans laquelle le Recteur précédent s’engageait déjà à remettre en espèces annuellement la somme de 284.200,00 € à la Famille Missionnaire Donum Dei avait vraisemblablement suscité une certaine gêne du côté de l’évêché de Bayeux qui a charge du sanctuaire.

§2

Néanmoins, dans « Paris-Normandie » du 5 juin 2016 le Recteur RUFFRAY se déclarait toujours « serein » face à de nouvelles plaintes déposées relatives à l’exploitation des TM dans le sanctuaire de Lisieux. Vers la fin de 2016, toutefois, il fallait renouveler la convention et c’est alors que l’évêque de Bayeux a exprimé son souhait de confier la gestion de l’Ermitage du Carmel à une véritable congrégation religieuse. D’où des pressions diverses, des tractations en coulisse et finalement la décision épiscopale qui vient de tomber en ce début d’année 2017 et fait l’objet d’un communiqué du Recteur rédigé ainsi en termes diplomatiques :
 
« Un accord pour une nouvelle convention entre l’association « Ermitage - Centre spirituel » et la « Famille Missionnaire Donum Dei » n’ayant pu intervenir, sa responsable nous a confirmé le départ de la communauté de la maison de l’Ermitage où elles assuraient leur apostolat d’accueil des pèlerins.
 
Après 21 ans de présence à Lisieux, nous remercions la Famille Missionnaire Donum Dei pour le service accompli à Lisieux auprès de sainte Thérèse et lui souhaitons bonne route dans ses nouvelles missions. 

Nous accueillerons au sein de la maison de l’Ermitage les religieuses de « L’Institut des Servantes de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus » qui, depuis deux ans, assurent déjà l’accueil des pèlerins au Foyer Saints Louis et Zélie Martin. »

§3

Ce départ de Lisieux va provoquer une lézarde importante dans le système mis en place par Marcel ROUSSEL-GALLE et perpétué par ses adeptes. En effet il s’était servi sans scrupules de la spiritualité thérésienne pour attirer sous son emprise des âmes généreuses et Lisieux était considéré comme le « centre de formation » du mouvement. Mais ROUSSEL-GALLE, par son comportement scandaleux, apportait un contre-témoignage. N’avait-il pas institué sa favorite, « Petite Mère » auprès des TM en référence à la sœur aînée de Ste Thérèse de Lisieux qu’elle appelait également sa « petite mère ». Cette jeune femme, héritière d’une fortune non négligeable, se voyait déléguer un réel pouvoir discrétionnaire sur le mouvement. Une ancienne la décrit « intelligente, esprit vif, maladive, malade pulmonaire ». Tombée sous l’influence de Roussel-Galle elle prenait des décisions autoritaires qu’il s’agisse en brousse africaine des contrôles de virginité (sic) des postulantes, ou de l’éviction de TM qualifiées jugées trop indépendantes : « Tu n’as pas la vocation ». Mais « Petite Mère » fut elle-même la première victime du fondateur qui lui achetait de la nourriture fine et se mit à lui faire boire du champagne : « Il la faisait manger lui-même et arrosait son repas de vins fins pour la remonter. Il monta ainsi toute une cave. (Elle) apprit ainsi à boire et devint peu à peu alcoolique » nous rapporte une ancienne dans son témoignage. Par respect pour sa mémoire nous maintiendrons l’anonymat. Des photos d’elle qui ont été publiées la présentent d’abord sous les traits d’une belle jeune femme, puis vers la fin de sa vie méconnaissable avec un visage abîmé : « Petite Mère » est morte d’alcoolisme.

§4

Dans son témoignage une ancienne travailleuse missionnaire de la génération suivante, toujours en référence à Thérèse de l’Enfant Jésus explique ainsi son départ de la Famille Missionnaire Donum Dei :  Je me suis posé la question : « Est-ce qu’on sert Dieu ou le démon ? » en me rappelant la phrase de Sainte Thérèse dans Le triomphe de l’humilité[1]  où le démon dit : « Il y a des âmes qui me servent sans le savoir ». 

[1] Le triomphe de l’humilité par Sainte Thérèse de Lisieux – éditions du Cerf - 1975