De l’enfer à l’endroit

Sortir la secte de nous

Le travail de reconstruction personnelle auquel elle s’est livrée fut difficile :
« Sortir d’une secte est une chose, sortir la secte de nous en est une autre !  Ce réaménagement demande du temps, parfois des années. Se soustraire à l’influence sectaire ne constitue pas une garantie d’être libéré des habitudes et tendances qui ont été, au fil du temps, imprégnées en nous comme une encore indélébile. »

L’ennui ecclésial

La mise en garde qu’elle délivre auprès de celles et ceux qui pourraient s’y laisser prendre est sérieuse et fondée :
« Voici quelques statistiques concernant l’Eglise aux Etats-Unis, plus de la moitié de des membres des églises protestantes et des églises catholiques n’ont pas le désir de rester dans leurs institutions et de faire partie de l’avenir de leur dénomination. L’Eglise est perçue comme impuissante et sans vie. D’où la prolifération de « nouveaux mouvements religieux » qui semblent offrir, même aux chrétiens, une issue de secours, une vie plus « abondante » et plus active.
[…]
Nous avons tous, à un moment donné ou un autre, été affectés par l’ennui ecclésial. De plus, il se peut que la tragédie la plus importante concernant l’Eglise soit qu’elle n’a souvent pas su répondre aux besoins les plus profonds de ses fidèles.
….
Ce ne sont pas seulement les lacunes de la société en général qui favorisent la naissance de ces mouvements, mais aussi les failles de l’Eglise face à la recherche de spiritualité et du besoin d’appartenance des citoyens de ce monde. »
On le voit bien ; la prolifération de nouveaux mouvements correspond à cette recherche de spiritualité très forte dans nos sociétés. Elle s’installe dans les failles de l’Eglise, dans l’ennui ecclésial ressenti par les plus jeunes. De nombreux auteurs contemporains se font l’écho dans leurs ouvrages tout en restant extrêmement vagues sur ce qu’ils appellent la spiritualité. Des revues apparaissent en kiosque sur ce thème. C’est dans ce flou que prospèrent certains esprits plus ou moins bien inspirés, brandissant un feu charismatique qui masque de graves lacunes doctrinales, tandis que certains gourous, bien conscients des techniques de manipulation qu’ils pratiquent, montent leur entreprise.

L’emploi abusif de versets bibliques :

Quelle que soit la religion les fondamentalismes s’appuient toujours sur une lecture littérale des textes sacrés ou révélés pour amener l’adepte à un comportement excessif. Myriam Declair a bien compris ce problème puisque la secte dont elle était prisonnière s’appelle « les enfants de Dieu ». Elle était menée par un gourou, un prophète qui se faisait appeler Moïse David : rien que cela ! Le péché le plus grave, écrit-elle, était de « désobéir aux instructions du prophète ; quiconque les défie, lance un affront à Dieu lui-même. »
(Page 62)
Son avis à ce propos, basé sur tant sur son expérience que sur sa conversion ultérieure au protestantisme mérite d’être largement cité :
«  Voici comment le lecteur de la Bible devrait la lire : en long et en large, en prenant soin de n’omettre aucun détail. Si on veut comprendre ce que Dieu nous dit au travers de Sa parole, il nous faut l’étudier dans son intégralité. La tactique, voulue ou non, des groupes déviants, est de citer un verset ou un passage totalement hors du contexte induisant ainsi l’adepte en erreur, au niveau doctrinal et pratique. Si celui-ci n’a aucune notion du sens des Ecritures, ou  même une petite idée de ses origines, il se laissera  tromper et  acceptera une idée théologique erronée. Ceci va alors l’amener à agir d’une façon contraire à la Parole de Dieu ou à sa conscience qu’il devra taire ou étouffer afin de ne pas être gêné par elle. »
(Page 164)
[…]
« L’emploi abusif de certains versets bibliques est un moyen primordial de manipulation et de contrôle sur les adeptes qui, très souvent, ignorant les réelles significations de certains textes, vont se soumettre et croire ce qu’on leur dit, surtout si un fond religieux en constitue la particularité. Il est attendu de l’adepte qu’il donne son adhésion entière et qu’il admette parfois « qu’il ne comprendra que plus tard… » Il doit rester humble et ne pas se laisser dissuader par ceux qui contestent l’enseignement du gourou, qui sont d’ailleurs considérés comme ignares, malintentionnés, ou persécuteurs. »
(page 165)

CONCLUSION ET REFERENCE

Seule solution : « Il faut « détordre » le sens des Ecritures, leur redonner leur sens originel. » (page 108).
 
Seul on n’y parvient pas. Seul on ne peut sortir de l’emprise installée. D’où la citation qui conclut son récit :
 
Il nous arrive de tomber seul,
Mais pour nous relever,
La main d’un ami est nécessaire
(proverbe Yiddish)
 
Référence : « De l’enfer à l’endroit
            J’ai passé dix ans dans une secte »

Myriam Declair – Editions Ourania – ISBN 978-2-940335-28-2
L’ouvrage peut être commandé pour une somme modique à la Maison de la Bible
BP 60001 – 71420 – Perrecy les Forges – www.maisonbible.net