Le Chemin Neuf

Née d’un groupe de prière en 1973 à Lyon (France), le Chemin Neuf est une communauté qui se définit comme catholique à vocation œcuménique dans la mouvance du Renouveau Charismatique
La communauté a été fondée en 1973 par le Père Fabre qui s’est toujours présenté comme jésuite, bien qu'il ait quitté cette congrégation pour fonder son propre mouvement. Il en est  ensuite parti en 2016, mais son influence y reste déterminante.

LE PORTRAIT DE LA COMMUNAUTE

Le Chemin Neuf annonce aujourd’hui près de 2000 membres dans une trentaine de pays, mais 400 seulement sont mentionnés dans le rapport d’activité annuel visé par les commissaires aux comptes.  
Les familles représenteraient environ les 2/3 des membres. Couples, familles, célibataires consacrés, hommes et femmes pensent avoir choisi l’aventure de la vie communautaire pour se mettre au service de l’Eglise et du monde.
 
Organisée de manière à ratisser large, probablement influencée par le modèle d’organisation de l’Opus Dei, la communauté est présente un peu partout, que ce soit dans ses lieux de rassemblement, dans des foyers étudiants, , dans les monastères anciens qu’elle récupère habilement par le système astucieux du commodat qui lui a permis de s’installer dans une douzaine de lieux prestigieux ou de biens immobiliers judicieusement placés sans bourse délier grâce à cette formule juridique. On peut ainsi citer :

-          Les foyers d’étudiants de Grenoble, Nantes, Reims, et Villeneuve d’Ascq ;
-          Le Studium de Chartres ainsi que le centre œcuménique dans la même ville
-          La Maison de Ste Foy les Lyon
-          L’Hermitage de Chamalières, et surtout
-          Les abbayes de Sablonceaux et  Bouvines, et enfin
-          Les abbayes de Hautecombe et de Saragosse dont les statuts devraient être communiqués.
 
Elle prétend aussi avoir en charge des Paroisses, ce qui est canoniquement erroné : une paroisse, quoi qu’elle prétende, n’est jamais confiée à une communauté, mais à un curé qui a justement pour mission d’être le rassembleur sans exclusive des diverses communautés et sensibilités présentes.  
Son bilan publié au Journal Officiel fait apparaître notamment en 2019 fait apparaître des recettes supérieures à 15 millions d’Euros en France. La communauté bénéficie de dons multiples, de formations payantes, de services bénévoles et des sources de revenus de  toutes ses organisations : exploitations agricoles et boutique en ligne.
Apparemment elle ne cherche pas à évangéliser les territoires ou les milieux les plus déshérités.


Mise en cause dans le livre « Les naufragés de l'esprit » en 1996[1], la communauté avait tenté par référé de faire interdire cet ouvrage, mais sans succès.
 Le livre est en grande partie composé de témoignages et de récits d’anciens sympathisants ou membres de communautés du renouveau charismatique : le Chemin Neuf et les Béatitudes.

LE FONCTIONNEMENT DE LA COMMUNAUTE

Disciples du Christ, couples et célibataires consacrés engagés dans la même communauté » Le Chemin Neuf fait d’une de ses spécificités la vie en commun de « couples et des frères et sœurs consacrés dans le célibat. 

 Les membres habitent en « fraternité de vie » ou en « fraternité de quartier ».
 
En fraternité de vie, couples, célibataires et frères et sœurs consacrés y vivent et y occupent la quasi-totalité de leur temps.
 
En fraternité de quartier, ils habitent chez eux, à proximité et ont une activité professionnelle.
 
Faute d'autres centres d'intérêts que leur vie communautaire, ils risquent d’en devenir captifs et de s'isoler de leurs familles et proches comme du reste de l'actualité et du monde. Quand une communauté supplante tout de la sorte, l’AVREF reçoit des appels à l’aide de parents démunis face à ces situations de ruptures.

Les  frères et sœurs « consacrés » vivent selon les Conseils Évangéliques de Pauvreté, Chasteté et Obéissance. Le vœu d'obéissance serait dédié au supérieur général. Les prêtres et les frères sont regroupés dans l’Institut Religieux du Chemin Neuf. Comme cela arrive souvent la mauvaise compréhension du vœu d’obéissance peut donner lieu à des contrôles excessifs et à une autonomie réduite. Quant aux sœurs consacrées elles sont  membres de l’Association Publique de Fidèles, mais ne jouissent pas d’autant de libertés que des religieuses qui ont l’avantage d’être protégées par leurs  Constitutions ainsi que par leur règle monastique.

La confusion entre un prosélytisme de bon aloi et un marketing de recrutement cédant à l’air du temps a conduit le Chemin Neuf a développer des « produits » à l’attention des  jeunes, y compris des mineurs, qu’il s’agisse de festivals d’été racoleurs, d’entraînement à des flash-mobs, ou d’années sabbatiques passées à Hautecombe, en principe pour y faire du discernement. 
Nous émettons des doutes sur la possibilité de discerner en s’isolant dans une vieille abbaye au lieu d’étudier via un cursus normal, de confronter des expériences et de parcourir le monde et de visiter des milieux différents. Pourquoi recréer, sans le nommer avec le « Hautecombe Discipleship School, » un grand séminaire destiné à servir de pépinière de recrutement pour ce mouvement ? Pourquoi, afin de séduire, utiliser tous les « codes » pratiqués à outrance par les agences de médias ? Les religieux sont-ils toujours jeunes ? Doivent-ils toujours sourire en groupe en permanence dans une belle prairie au cours d’une après-midi d’été ? Y a-t-il là-dedans un message religieux ? Que penser de ces « teasers » très « tendance »  vantant les festivals « Welcome to Paradise » ? Ne s’agit-il pas d’une parodie d’autres festivals que l’on copierait pour attirer du monde ? Or Or «l’évangélisation n’est pas la séduction du prochain » comme l’a rappelé à Lourdes le cardinal Parolin le 15 août dernier.

Quelle est la véritable attention portée aux personnes ? Est-il suffisant d’atteindre la majorité légale pour qu’on ne soit plus une personne vulnérable ? Est-il suffisant d’être majeur pour pouvoir s’engager dans une mission humanitaire et faire du volontariat international, pour prendre des vœux qui engagent la vie ? Est-il judicieux d’imposer dans un foyer d’étudiant un régime de vie religieuse : n’est-ce pas confondre des études absorbantes qui sont par définition profanes avec des exercices spirituels qui devraient être basés uniquement sur du volontariat pour garder tout leur sens ? On cherche à rassurer des parents désireux de trouver une chambre d’étudiant paisible pour un enfant. Mais cela justifie-t-il une telle organisation calquée sur les foyers de l’Opus Dei ?

Sans être obligatoire, la pression (manipulation) pour participer à une vie communautaire peut y devenir excessive. D’où l’article de Ouest-France publié sous le titre « Les dents grincent » quand un foyer catholique de Nantes a été confié au Chemin Neuf...

Nous nous sommes également intéressés de façon particulière à la proposition d’exercices  « selon Saint Ignace » bien que le Chemin Neuf n’ait rien de jésuite ! Il s'agit d'une première expérience de 7 jours, durant lesquels les membres seraient réduits au silence complet, à l'exception de quelques instants passés avec le « berger » suivie de plusieurs de 30 jours. On peut émettre des réserves sur cette méthode de privation sensorielle d’une semaine utilisée également par de nombreux gourous ou marchands du temple qui, aujourd’hui, vendent de la méditation et de la relaxation parce que c’est « tendance ».

Dans la même mouvance qui submerge aujourd’hui nombre de charismatiques, le Chemin Neuf s’oriente vers la pratique d’un « ministère de délivrance ». Des centres dédiés appelés « Siloé » proposent un ressourcement psychique et spirituel est animé par des membres de la communauté du Chemin Neuf, par des médecins, des thérapeutes et des accompagnateurs spirituels entraînant ainsi la confusion entre le domaine du spirituel et celui du psychique, voire même du physique  qui ne peut être confié  qu’à des professionnels patentés choisis en en toute liberté par un éventuel patient. Quand elles sont improvisées les sessions, dites libératrices, qui mélangent ainsi les genres peuvent déboucher sur des abus de pouvoir, de fausses guérisons et des abus spirituels dont l’AVREF ne cesse de dénoncer les méfaits. D’autres retraites s’appellent « Jéricho », « Jean-Baptiste », » Ignace de Loyola » déjà cité. Il y a  aussi des écoles de langues, des « week-ends »,… Un tel foisonnement est-il bien maîtrisé ? Comment sont formés tous ceux qui pilotent ces rencontres et « coachent » les participants ?
Nous avons ainsi été informés de maladresses commises lors de sessions dites « Cana » pour couples dont les séquelles sont dures à effacer quand on s’attribue une compétence non démontrée pour traiter de pardon, de sexualité ou de guérison. Parfois cela démarre par de « l’anamnèse », méthode inventée consistant à faire 4 jours de silence. Peut-être veut-on concurrencer les sessions fort discutées d’agapéthérapie du Puy en Velay en proposant autre chose, mais il faut craindre l’amateurisme.

La prudence doit donc être de mise. On doit également la conseiller aux parents de mineurs adolescents, les 14-18 ans, pour lesquels, dans le cadre d’une mission spécialisée, un festival « open Church » et une session « keep in touch » sont proposés. Encore une fois il ne suffit pas que le ton de  ces réunions soit moderne et branché. Il faut aussi que  les parents soient bien informés du contenu catéchétique, que celui-ci soit validé et  que les participants soient respectés dans leur for intérieur à un âge de la vie où tant de questions sont déballées.
En résumé, « qui trop embrasse mal étreint ». Une Communauté qui veut regrouper tous les états de vie et se déclare capable de traiter  tous les sujets pour tous milieux et tous groupes d’âge s’expose à mal maîtriser une situation qu’elle aura tendance alors à contrôler par un renforcement des pouvoirs centraux, ou même par une emprise sur les esprits les plus vulnérables. Nous soulignons ce risque.

Août 2020
 
[1]Les Naufragés de l’Esprit est un livre de Thierry Baffoy, Antoine Delestre et Jean-Paul Sauzet paru en 1996 aux Editions du Seuil, ISBN 2-02-026413-7.
Sous titré « des sectes dans l’Église catholique »,il fit scandale en dénonçant des dérives dans le renouveau charismatique catholique par la publication de témoignages d’anciens membres de ces communautés et d’analyses de leur fonctionnement.