La Famille Missionnaire de Notre Dame

La Famille Missionnaire de Notre Dame est mise sous tutelle


Le Saint-Siège nomme un « assistant apostolique » auprès de la Famille Missionnaire de Notre‑Dame
 
Dans un communiqué publié le mardi 14 décembre 2021, Mgr Jean-Louis Balsa, évêque de Viviers (Ardèche), a annoncé que Mgr Jean-Christophe Lagleize, évêque émérite de Metz, a été nommé par le Saint-Siège assistant apostolique de la Famille Missionnaire de Notre-Dame (FMND), le 11 novembre.


Mgr Lagleize

 
Cette communauté avait fait l’objet d’une visite canonique en 2019. Et la visite avait 

« clairement mis en lumière des difficultés préoccupantes concernant principalement l’exercice de l’autorité et l’obéissance, la qualité de la formation des membres et l’auto-référentialité du groupe », 

selon la Congrégation pour les instituts de vie consacrée en précisant 

« qu’il n’est pas exact, malheureusement, que les conclusions de la visite apostolique (qui a eu lieu en 2019, NDLR) étaient positives, comme certains ont pu le dire ».

Le Vatican, dans ses communications, s’exprime dans son propre jargon et il peut être difficile au non-initié de comprendre exactement de quoi parle ce texte. L’AVREF est habituée à ce genre de communication et arrive souvent établir le rapport entre les euphémismes de Rome et les dénonciations signalées dans les témoignages qu’elle entend de religieux, de postulants ou de survivants de communautés abusives.

 
Les autorités du Vatican, après avoir examiné sur place et en détails la situation de la FMND (visite canonique) et après avoir constaté des irrégularités et des désordres (difficultés préoccupantes ), ont finalement décidé d’intervenir. Ils suspendent donc la gouvernance habituelle de la FMND et mettent ce mouvement sous sa tutelle directe. 

L’assistant apostolique est le délégué du pape, le tuteur assumant les pleins pouvoirs. Cela au moins est clair. Les "difficultés concernant l’exercice d’autorité et l’obéissance" sont moins précises et sujettes à interprétation. Ce genre de phrase est souvent synonyme d’abus de pouvoir et d’abus de conscience, parfois associés à une emprise, quand il ne s’agit pas d’abus spirituel ou sexuel.

Dans d’autres communautés, nous avons appris que les reproches visant la qualité de la formation pouvaient indiquer un manque de compétences des enseignants, un endoctrinement basé uniquement sur les écrits du fondateur, des interprétations scripturales fondamentalistes… Dans certains cas, il s’agit d’un enseignement trompeur destiné à faciliter l’emprise et l’abus. Faute de précisions, le Vatican laisse craindre le pire. 



Formation FMND, février 2020

 

Dès 2007, L’AVREF a reçu des témoignages concernant la gouvernance oppressive de cette Famille.

En octobre 2005, l’évêque de Viviers instaurait la Famille Missionnaire de Notre-Dame comme institut de vie consacrée. Des maisons annexes étaient fondées dans d’autres lieux, notamment en Alsace où nous avons recueilli des informations de la part de prêtres inquiets. C’est pourquoi, dès le printemps 2007, l’AVREF, conformément à sa mission, avait adressé un courrier à Mgr Blondel pour l’alerter. En voici des extraits :

« Plusieurs correspondants de notre association nous ont alertés sur des déviances très graves observées au sein de la Famille Missionnaire de Notre Dame (FMND) dont vous êtes l’évêque responsable. Parmi les déviances qui nous ont été indiquées, nous n'avons repris dans cette lettre que celles qui nous ont été signalées par des personnes différentes vivant dans des régions différentes et qui ne se connaissent pas entre elles. 

Entrée dans la FMND : Beaucoup de jeunes gens et de jeunes femmes entrent à la FMND sans avoir terminé leurs études et sans un discernement suffisant.

Vie à l'intérieur de certaines communautés
Dans certaines communautés, les membres n'ont aucune liberté de penser et subissent un endoctrinement permanent des responsables dont beaucoup ont une conception fondamentaliste de la religion et dont certains ont une vision apocalyptique du monde.
Ils seraient constamment épiés et n'auraient aucune liberté même dans la réalisation des tâches matérielles.

Beaucoup doivent s’inscrire sur les listes électorales dans une commune qui leur est désignée et où ils n'habitent pas habituellement et doivent voter pour une liste qui leur est indiquée aux élections municipales.

Les confessions des membres sont pratiquées exclusivement par des prêtres de la communauté ; certains confesseurs utilisent les informations qu'ils ont reçues dans le secret pour manipuler les personnes. Il est fait trop souvent appel à des exorcistes.

De nombreux membres sont coupés du monde extérieur et coupés de leur famille.

Certains prêtres ont des exigences vis à vis des laïcs qui ne sont pas réalistes.

Plusieurs personnes nous ont signalé qu’elles craignaient ou ont subi des représailles de la part d'un membre de la FMND ; il s'agit de personnes profondément croyantes mais dont le comportement n’était pas conforme à la vision religieuse du membre. »

 
Nous n’accordons pas nécessairement foi à tous les témoignages qui nous parviennent mais, comme les dénonciations nous étaient arrivées de sources diverses et se recoupaient, nous pensions avoir accompli notre devoir et avions naïvement espéré que l’autorité épiscopale en tiendrait compte.
 
Voici un extrait de témoignage reçu en 2008.

« Notre fille, à l’âge de 17 ans, est entrée dans la Famille Missionnaire de Notre Dame, attirée par un prêtre très séducteur qui lui affirmait, sur son sacerdoce, que Jésus l’appelait dans cette communauté… Après une année de résistance pour qu’elle puisse terminer ses études, elle est donc partie « car lorsque la grâce passe, il faut la saisir sinon, après, c’est trop tard », lui affirmait-on. Rapidement, elle ne s’est pas sentie à sa place mais,
« Attention au démon qui empêche une vocation » !

Par l’obéissance et le gavage de prières, on peut sortir vainqueur de toutes les épreuves…
Non, pas de droit à la pensée personnelle, au jugement, à la responsabilité, (ce serait de l’orgueil). Endoctrinement, lavage de cerveau. Toujours épiée, accompagnée d’un garde du corps pour bien rester dans l’esprit de la famille. Même chez les médecins, kiné ou examens plus intimes, humiliation jusqu’au bout et surtout interdit de s’exprimer. Bien sûr, le courrier envoyé ou reçu passe à la censure. Alors nous avions pris l’habitude d’écrire deux lettres, les banalités pour tout le monde et les confidences sur l’autre. Pas le droit à des relations privilégiées, à l’amitié : tout est dirigé par la mère supérieure. Je peux répondre positivement à toutes vos questions et vous êtes tellement loin de la réalité.

Notre enfant a été renvoyée à la maison par ses supérieurs... certainement effrayées par son état de santé qui se détériorait de manière alarmante. Elle ne pesait plus que 40kg pour 1m73. Avec l’ordre de revenir lorsqu’elle aurait repris du poids. Elle était harcelée sans cesse au téléphone (pour prendre de ses nouvelles), surtout l’inviter à se rendre à Sélestat dans une de leurs maisons annexes.

Il aura fallu deux mois à…, notre fille *** pour prendre la décision de ne plus y retourner, avec l’aide de ses parents, de notre médecin de famille et d’amis. Oui les religieux, religieuses sont tellement assujettis qu’ils n’ont même plus la force ni la capacité de s’en sortir !
Ils lui disaient :
« Si tu rentres chez toi, tu détruiras les tiens ».
« Si tu rentres chez toi, tu devras rendre des comptes à Dieu car nous sommes sûrs que ta place est ici ». 
La damnation à l’horizon.

« […] Les confesseurs sont les frères prêtres. Les mêmes dialogues sont dans toutes les bouches des frères et sœurs. Pour tous ceux qui sont entrés dans le moule, il n’y a plus de personnalité, ils sont devenus les bourreaux des autres… »

 
Prévenus ainsi par des parents d’une jeune femme, nous avons contacté l’évêque responsable mais notre courrier est resté sans suite alors que les dysfonctionnements signalés méritaient au moins une enquête canonique.
 

En 2012, un autre signalement troublant nous était ainsi adressé : 

« … point assez paradoxal : c’est une communauté apostolique, donc non cloîtrée, vouée à l’éducation des familles, mais tout est fait pour écarter les "frères" ou les "sœurs" de leur famille. Et après engagement définitif, c'est le renoncement (reniement ? tout au moins abandon) de la famille humaine. 
|…] Je les ai moi-même un peu fréquentés ; ce qui me choque encore c'est la pression sur les consciences de la part des prêtres lors des confessions. 
Vous me pardonnerez de ne pas dévoiler mon identité entière, mais c'est par peur de représailles possibles envers certaines personnes. 
Mais si vous pouvez faire quelque chose, de grâce agissez pour que cessent ces façons d'assujettir les personnes qui, peu à peu, n'existent plus par elles-mêmes ou à peine et qui, pour la plupart, n'ont plus la force ni la capacité de s'en sortir. » 

 
Quinze longues années après les premières alertes, le Vatican a fini par réagir. 

La gravité des dysfonctionnements est telle que le Saint-Siège estime que la FMND est incapable de les régler en interne. D’où la nomination de l'assistant apostolique.
 


Le projet de construction du sanctuaire semble enfin avoir été enterré.

Aux dernière nouvelles, le sanctuaire n'aura pas lieu

Ce projet de construction d’un sanctuaire marial avec un édifice de style basilique conçu pour accueillir 3500 fidèles avec ses annexes, parkings pour autocars …, le tout sur une surface de 7 hectares accolé à un village de 411 habitants, pose un certain nombre de questions qui, même si elles sortent du cadre habituel de l’AVREF, invitent à réfléchir sur les véritables objectifs de cette communauté.
 
Certes, le projet avait ses partisans. Les entreprises de construction de la région, les services d’hôtellerie et du tourisme n’y voyaient que du pain bénit, mais le gigantisme du programme, l’impact écologique et des doutes sur l’origine d’une partie du budget (de 18 millions d’Euros) n’ont fait que susciter l’animosité d’une partie des habitants et ceci malgré un travail de sape mené depuis de longues années. 

Enfin, s’est posé la question de l’utilité d’un nouveau sanctuaire marial puisqu'il en existe déjà deux dans le diocèse de Vihiers. La Famille faisait peu de cas de cette opposition locale, pas plus que de la décision, en février 2021, du Tribunal Administratif de Lyon rejetant le projet. Tout comme du décret de Mgr Balsa, évêque du lieu, en septembre 2020 de ne pas autoriser la construction.  En effet, la Famille avait fait appel à Rome pour casser la décision de leur évêque mais, en fin de compte, c’est lui, en mars 2021, qui a pu annoncer la décision venue de de Rome : le recours en appel est rejeté, et le projet n’est donc pas autorisé.
 
La Famille Missionnaire de Notre-Dame est citée dans le dernier rapport de la Miviludes.
 
Cette dernière mentionnait « le recrutement de personnes jeunes, manquant de maturité et de discernement », la « limitation drastique des contacts entretenus par les membres avec l’extérieur, et même avec leur propre famille », des « difficultés d’accès aux soins médicaux » ou encore des témoignages faisant état « d’une manipulation des membres, notamment par les confesseurs qui répéteraient ce qui est dit et culpabiliseraient les confessants pour leur enlever leurs repères. »
   

***

Le Chapitre qui devait se tenir en ce début d’année 2022 a été suspendu. L’assistant apostolique dispose donc de pouvoirs étendus pour remettre de l’ordre dans cette étrange « famille ». Mais que peut faire un homme seul après tant d’années de laxisme ? Sur qui peut-il s’appuyer ? Qui décidera de l’emploi utile de ces 18 millions d’Euros captés par opérations immobilières et héritages successifs ?