Le silence de la vierge

§1

La forme de l’ouvrage  est originale : il est bâti sur un corpus de 177 lettres que Marie-Laure JANSSENS a adressées à sa famille au cours des onze années passées dans la vie religieuse. Le témoignage y gagne donc en spontanéité car l’auteure redécouvre au fil des pages, une autre personne, celle qu’elle a été et qui ne correspondait pas à son identité véritable qui faisait l’objet d’une captation, d’une appropriation par quelqu’un d’autre, ce que l’Eglise appelle la violation du for interne dont la distinction avec le for externe a été fort justement rappelée lors de la réunion du 17 octobre 2017.
 
C’est pourquoi le livre est présenté comme « un témoignage à deux voix », selon ses propres mots : la voix de celle qu’elle a été en habit blanc et gris et la voix de l’épouse heureuse de quarante deux ans, aujourd’hui maman de deux enfants relisant de manière critique son passé. 

§2

C’est donc aussi un message d’espoir. La libération passe par la prise de parole : ce moment est essentiel pour toute victime. Il doit être bien compris et accepté des proches, ou des accompagnateurs si l’on veut éviter  toute amplification du traumatisme.  Marie-Laure Janssens le décrit sobrement :

« Cette semaine-là, fin novembre 2009, j’ai appelé ma famille. La conversation téléphonique a duré plus de deux heures. Je leur ai révélé la face cachée de mes onze années en communauté. Je leur ai tout raconté d’une traite. Je ne me souviens plus de grand-chose, si ce n’est de l’émotion de leur dire pour la première fois la vérité, celle que je commençais tout juste à réaliser. Cette mise à nu m’a permis de renouer avec eux un lien libre et authentique qui m’aidera beaucoup dans ma reconstruction. »

Cette écoute, cette aide, du moins pour l’instant, ne peut venir de l’Eglise dont elle dénonce le silence : « témoigner auprès d’un évêque, c’est comme hurler dans une pièce insonorisée ».

 A travers ce témoignage c’est la redoutable question de l’abus spirituel qui se trouve donc posée. Redoutable, car elle fait l’objet d’un déni de réalité inexpliqué et injustifié que Marie-Laure JANSSENS a dévoilé en  acceptant de sortir de l’anonymat pour briser les tabous de la bien-pensance.