Opus Dei : un débat sur l’enrôlement des jeunes
Le recrutement de mineurs
L’Opus Dei évite toujours qu’on lui fasse trop de publicité, mais cela ne l’empêche pas d’être rattrapé par différentes histoires et des témoignages de personnes qui ont su prendre leurs distances. C’est ce qui s’est passé au mois d’août 2024 quand le FINANCIAL TIMES de Londres a publié un reportage qui a provoqué une onde de choc sur la façon dont l’Opus Dei enrôlerait des mineurs dans ses rangs.
« L'âge idéal pour faire pression est de 14 ans et demi. - Ainsi s’exprimait une ancienne adepte. - Ils ciblent les personnes faibles, celles qui ont besoin de quelque chose. L'important est qu'ils vous fassent sentir que vous faites partie d'un groupe. Et quand on est jeune et adolescent, avec beaucoup d'insécurité, c'est très persuasif ».
Le Whistling
Depuis 1982 pourtant, les statuts de l'Opus Dei, approuvés par le Vatican, interdisent à toute personne âgée de moins de 18 ans d'adhérer officiellement à l'organisation. Mais les enfants âgés de 14 ans et demi ou plus peuvent devenir des « candidats juniors » en écrivant une lettre au chef de l'Opus Dei pour demander leur admission. Cette procédure est connue au sein de l'organisation sous le nom de whistling, le « sifflement ».
L'Opus Dei insiste sur le fait qu'il ne fait pas pression sur les enfants pour qu'ils « sifflent », que cette démarche nécessite le consentement des parents et que les « candidats juniors » ne prennent aucun engagement, ni aucune responsabilité. Cependant, un autre ancien membre a déclaré que lorsqu'il a assisté à une retraite organisée par l'Opus Dei - également connu sous le nom de «The Work » (l’Œuvre) - en Irlande en 2016, il a été témoin de membres adultes discutant entre eux de l’enrôlement ciblé d'enfants. « C'est ce qui a déclenché mon départ de l'Opus Dei », a-t-il déclaré. « Lors d'une réunion sur un club de football pour garçons qu'ils dirigeaient [...], ils ont commencé à passer en revue les noms des membres de l'Opus Dei. Ils ont commencé à passer en revue les noms des garçons et à voir s'ils étaient prédisposés à s'engager. « Il s'agissait de savoir si telle personne était proche ou non des activités de l'Œuvre. »
Proposer le célbat dès 14 ans
Dans un communiqué, l'Opus Dei a déclaré : « Nous rejetons totalement l'affirmation selon laquelle il y a un recrutement ciblé de mineurs » : L'organisation a ajouté : « Chercher à acquérir une foi profonde dès le plus jeune âge n'est pas nouveau. ». Et de citer l’exemple de Sœur Thérèse de l’Enfant Jésus.
Il y a cependant un débat qui est ouvert. Mais pas seulement en Europe.
Suite à une plainte au Vatican, les autorités argentines lancent une enquête
Ainsi es’exprimait En 2021, 43 femmes d'Amérique latine ont accusé le mouvement, dans une plainte écrite adressée au Vatican, de traite et d'exploitation, allégations qui font l'objet d'une enquête de la part des autorités argentines. Ces femmes étaient des « numéraires assistantes », une catégorie de membres exclusivement féminins qui se consacrent au travail domestique dans les centres de l'Opus Dei. Au début de l'année, une enquête du Financial Times a révélé des allégations similaires en Europe, aux États-Unis et en Afrique.
Cité par EURO NEWS, Sebastian Sal " avocat de plaignantes en Argentine soulignait :
C'est une politique interne émanant directement de l'Opus Dei. Il y a des problèmes similaires en Afrique, par exemple. Des femmes se sont plaintes aussi au Mexique En Espagne, c'est également très fréquent.
« Des décennies de service domestique non rémunéré »
Seize femmes auraient en effet déclaré, d’après l’enquête du Financial Times, avoir été contraintes, alors qu'elles étaient des jeunes filles issues de milieux défavorisés, à effectuer des décennies de service domestique non rémunéré. Cette situation n’est pas sans rappeler les témoignages reçus d’anciennes Travailleuses Missionnaires de l’Immaculée ; il y a en effet bien des similitudes dans les situations qui nous sont rapportées. L'Opus Dei, en tout cas, a fermement nié les allégations d'exploitation et de contrôle psychologique bien que ces accusations ne manquent pas de rappeler en France le cas de Catherine TISSIER qui s’était terminé par une condamnation du mouvement après plus d’une dizaine d’années d’âpres batailles judiciaires. Le mouvement a souligné qu'il interdisait formellement l'adhésion aux moins de 18 ans et a déclaré que le désir d'adhérer était réaffirmé plusieurs fois sur plusieurs années avant qu'une personne ne soit légalement admise.
En conclusion il ne nous appartient pas de trancher de façon catégorique ce débat, mais nos lecteurs sont en droit de savoir que la question est soulevée et que le dilemme peut être présenté parfois de façon beaucoup plus binaire à un jeune, comme cet ancien directeur d’un club de jeunes en Colombie :
Légalement, vous n'êtes pas [membre]. Mais vous commencez à vivre avec toute cette pression et cette obligation - que si vous partez, vous irez en enfer parce que vous rejetez l'appel de Dieu.
Souhaitons lui d’aller en paradis !
Publié le 31/05/2025