Réparation
Une indispensable persévérance pour obtenir vérité et justice
Dans son message de départ de la SAPEC, association qu’il a fondée en Suisse, le président Jacques NUOFFER s’explique sur les raisons de son engagement et nous fait part du message réparateur qu’il a enfin reçu du provincial des Missionnaires de Saint François de Sales (MSFS).
Jacques Nuoffer
Ce message mérite d’être repris et diffusé car il illustre, de façon imparfaite certes, mais il s’agit d’un début, ce que peut être une justice réparatrice dans laquelle l’abuseur ou ses responsables reconnaissent leurs torts et les dommages causés à la victime et lui demandent pardon de façon explicite.
Ce type de geste, encore trop rare, doit être encouragé : il concourt à l’apaisement et facilite la reconstruction de victimes qui, à tort, ont souvent tendance à se culpabiliser.
Voici donc des extraits du message de Jacques Nuoffer où il fait part de la lettre d’excuses et de demande de pardon qu’il a reçu.
En 2009, le provincial d‘alors avait refusé reconnaissance et réparation à un ami abusé par le même prêtre des MSFS et il nous avait menti. Profondément blessé, cet ami ne supportait pas de recommencer l'histoire de son abus à la CECAR, pour obtenir une indemnisation. C'est pourquoi, j'ai demandé et obtenu que le provincial des MSFS lui verse une indemnité maximum.
Quant à l‘autre réparation, ce fut la lettre d'excuses que je ne reçus que le 22 décembre 2021. J‘avais exigé que Canon écrive à ses confrères en revenant sur les propos qu'il leur avait communiqués en décembre 2010 à propos des victimes d'abus et sur ses comportements à mon égard. Voici des extraits de sa lettre :
Aux confrères de la Province France-Suisse
À propos des victimes de notre ex-confrère Gaston Charrière
Rome, le 22 décembre 2019
Chers confrères,
J'aimerais, par cette lettre revenir sur des propos que j‘ai tenus, par courrier (circulaires provinciales, ou courriers adressés à Mr Nuoffer), en regrettant profondément mon attitude au début de cette affaire. Ainsi, dans ma circulaire provinciale du 16 décembre 2010, je déclarais que « Il ne faut pas accorder trop d'importance à ces articles (dans la presse suisse romande), relatifs aux agissements de notre ex-confrère Gaston Charnière, exclu de la Congrégation au milieu des années 60 et décédé depuis. » Et plus loin : « Nous n'avons rien à cacher, mais nous n'avons pas non plus à céder aux prétentions financières émises ». Ces erreurs de jugement m'ont conduit par la suite à ignorer les demandes de réparation faites par Monsieur Nuoffer, à contester leur bien-fondé, et finalement à lui adresser des propos totalement dépourvus de charité.
« A votre première demande {reconnaissance publique et dédommagement financier), et pour les raisons que je vous ai exposées dans ma lettre du 14 juin, la réponse est : non. À votre seconde demande {accès au dossier complet), la réponse est: non. Est-il besoin de préciser qu'il ne vous sera pas utile de vous déplacer jusqu'à Ville-la-Grand ? »
Monsieur Nuoffer a d'ailleurs exprimé son ressenti de manière poignante suite à ce courrier : « Je cherchais réparation, j'ai subi un nouvel abus ». Je lui demande donc à nouveau pardon pour cette attitude d'orgueil.
Je regrette également d'avoir sous-estimé la responsabilité de la Congrégation dans cette « affaire Charrière ».
(…) Je regrette d'avoir attendu que Mr Nuoffer insiste, à temps et à contretemps, par courriers recommandés, avant de faire évoluer ma position vers une plus grande compréhension. Je reconnais aujourd'hui humblement que les demandes d'information, de reconnaissance et de réparation étaient pleinement justifiées. (…)
Je suis heureux et fier que, par ma persévérance, j'aie obtenu de la part de ce provincial cette confession rétablissant la justice et la vérité. Mais je partage la souffrance et la déception d'autres personnes victimes qui n'ont pas pu obtenir de leur agresseur, pourtant condamné, une reconnaissance des viols commis ni une demande de pardon malgré leurs demandes répétées !
Publié le 01/06/2025