« Étape essentielle,
mais que d’angles morts … » 

Résumé du rapport  

Analyse du Rapport sur les Dérives et Abus au sein des Bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre d’après un article publié dans La Croix le 28 janvier 2026, signé par Roseline de Romanet et d’anciennes soeurs Bénédictines du Sacré Cœur de Montmartre.


Synthèse

Le rapport de la commission présidée par Hervé Giaume, publié en janvier 2026, marque une étape cruciale dans la reconnaissance d'un système d'abus systémiques au sein de l'Institut des Bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre (BSCM). L'enquête révèle l'existence de 1 489 abus initiés principalement sous le mandat de mère Marie-Agnès entre 1969 et 1998. 

Bien que ce travail soit salué pour sa mise en lumière des emprises passées, d'anciennes sœurs et des observateurs soulignent des « angles morts » majeurs : une méthodologie restrictive, l'exclusion d'une partie des victimes, le silence sur les complicités ecclésiales et l'absence d'analyse de la période récente (2012-2025). Malgré les affirmations d'un retour à la normale, des données suggèrent la persistance de dysfonctionnements graves et d'une crise identitaire profonde au sein de la congrégation.


L'Ampleur des abus 

L'enquête documente un spectre extrêmement large de dérives sous la gouvernance de mère Marie-Agnès. Ces abus ne sont pas des cas isolés mais constituent un système de contrôle total.

Typologie des abus recensés



Limites méthodologiques et « Angles morts » du Rapport

Malgré l'importance du document, plusieurs critiques fondamentales sont adressées à la commission Giaume concernant la rigueur et l'impartialité de ses travaux.
  • Composition de la commission : L'absence de psychiatres, de personnalités extérieures à l'Église ou de religieux tiers est déplorée. Ce manque de diversité aurait limité l'analyse des mécanismes profonds de la vie religieuse et de l'emprise.
  • Accès restreint aux archives : La commission a choisi de se limiter aux archives de la direction de la congrégation, dont une partie a été détruite. Les archives diocésaines, potentiellement compromettantes pour la hiérarchie, n'ont pas été consultées.
  • Marginalisation des anciennes sœurs : Seules 37 % des sœurs ayant quitté l'Institut ont été interrogées. Les critiques dénoncent une volonté de « museler » celles dont la parole dérange, perpétuant ainsi un mécanisme d'exclusion.

Le silence sur la période récente (2012-2025)

L'un des points les plus critiques concerne le « trou béant » chronologique de l'analyse. Bien que le rapport prétende couvrir l'histoire jusqu'en 2025, l'analyse détaillée des abus s'arrête en réalité en 2012.
  • Accélération des départs : Entre 2012 et 2025 (13 ans), environ 40 sœurs ont quitté l'Institut, soit un rythme trois fois plus élevé que sur la période 1976-2012 (36 ans). Le rapport ne fournit aucune explication sur cette hémorragie récente.
  • Enjeu juridique : Les abus commis avant 2012 sont largement susceptibles d'être prescrits. L'absence d'enquête sur les treize dernières années empêche d'identifier des faits pénalement actionnables aujourd'hui.

Responsabilités et complicités écclésiales

Le rapport est accusé de sous-estimer les connivences au sein de la hiérarchie catholique qui ont permis à ce système de perdurer pendant des décennies.
  1. Soutiens institutionnels : Le rôle du cardinal Lustiger et de son entourage est cité comme un soutien indéfectible à mère Marie-Agnès.
  2. Alertes ignorées : Roseline de Romanet avait alerté Rome dès 2004. Mgr Vingt-Trois était informé depuis 2006. Malgré cela, le silence a prévalu pendant près de vingt ans, empêchant toute action judiciaire précoce.
  3. Absence de réaction romaine : À ce jour, aucune réaction officielle du Vatican n'a suivi la publication du rapport.

Un Institut en « Grande convalescence » mais toujours fragile

Le rapport affirme que l'Institut a retrouvé un fonctionnement « sûr », une conclusion contestée par les statistiques internes de l'enquête :
  • Abus persistants : 16 % des sœurs actuelles se déclarent encore victimes de maltraitances.
  • Manque de formation : Entre 34 % et 45 % des sœurs estiment ne pas être formées au soin de soi ou à l'expression de leurs besoins.
  • Flou identitaire : Le charisme de l'Institut (apostolique ou contemplatif) reste indéfini, malgré les demandes de Rome datant de 2011.
  • Déni institutionnel : La célébration de professions perpétuelles et l'accueil de nouvelles postulantes immédiatement après la publication du rapport sont perçus comme une volonté de maintenir une façade de normalité au détriment du discernement nécessaire.

Préconisations et attentes

La commission a formulé 58 préconisations, soulignant l'ampleur du chantier de réforme. Les victimes et anciennes sœurs appellent désormais à :
  • Un suivi rigoureux et indépendant de la vie de l'Institut.
  • La définition d'un barème d'indemnisation pour les victimes.
  • Une redéfinition complète des Constitutions et du charisme de la congrégation.
  • Une sortie de l'indifférence et du silence de la part des autorités romaines.