Communion et Libération

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Ses détracteurs l’ont surnommé « Communion et Facturation ». Un journaliste lui a consacré un ouvrage : « la lobby di Dio », le lobby de Dieu. Il faut dire que le mouvement Communion et Libération (CL) créé en 1954 par un prêtre italien du diocèse de Milan, Don Giussani, a su allègrement enfiler les scandales de tous ordres depuis ses origines. Il participe aujourd’hui à la grande vague de fond qui met sur le devant de la scène, dans différents pays, les fondamentalismes religieux. Il se présente comme une machinerie puissante destinée à prendre et exercer le pouvoir dans tous les domaines qu’ils soient culturel, économique, politique ou religieux, surtout en Italie où la nostalgie des Etats pontificaux n’a pas complètement disparu.
 
- Dans le domaine religieux CL est parfois identifié à « une Eglise dans l’Eglise » (chiesa nella chiesa) en raison de son comportement au sein de l’Eglise catholique, au détriment, par exemple de mouvements traditionnels ou des diocèses et paroisses. Mais, en se montrant résolument « papiste » de sorte qu’il apparaisse irréprochable, le Mouvement conserve ainsi une grande liberté de manœuvre et des protections utiles dans la Curie romaine qui le rendent intouchable. Seul, le cardinal Martini s’était opposé frontalement à Giussani.
En octobre 1987, durant un synode des évêques, il avait rappelé à un groupe de membres de CL de « pratiquer les valeurs évangéliques de pauvreté et de justice » et de « résister aux tentations du pouvoir ». 
CL, enfin, dispose de sa propre fraternité sacerdotale (St Charles Borromée) qui lui permet d’envoyer de jeunes prêtres formés à son moule pour mettre en place des « écoles de communauté » dans différents pays, et ainsi tenter d’y implanter le mouvement

§2

- Dans le domaine politique où, pourtant, l’Eglise avait quelque temps demandé à don Giussani de réduire son activité, il intervient ouvertement en fournissant par exemple des ministres au gouvernement Berlusconi et en créant une faction parlementaire « Rete Italia » à travers Forza Italia. L’affairiste Roberto Formigoni, président de la région Lombardie, spécialiste des procédures judiciaires, était bien connu pour son engagement dans les « Memores Domini » une des branches les plus opaques de la « Fraternité » du Mouvement. Ses membres, quoique laïcs, vivent la plupart du temps dans des maisons où ils appliquent les règles monastiques.

Dans le domaine économique, outre le contrôle du système de santé en Italie du Nord, l’existence d’une « Compagnie des œuvres » (Compania Delle Opere) permet de regrouper une multitude d’Entreprises et coopératives souvent agissantes sur les marchés publics dans des conditions qui ont de nombreuses fois attiré l’attention de la Justice italienne.

- Dans le domaine culturel, l’organisation d’une vaste foire annuelle de rentrée chaque automne à Rimini permet au mouvement de compléter les ressources que lui versent les membres de la « Fraternité » ignorants de la façon dont les fonds sont utilisés car aucun bilan consolidé n’est publié.

Quoique bien répandu à travers le monde (Etats-Unis, Brésil, etc.…), ce mouvement garde une spécificité bien italienne avec son parfum de scandales, tant par sa Direction  totalement centralisée depuis la ville de Milan, que par son mode de fonctionnement qui  mélange de façon imbriquée, très difficile à démêler, des intérêts de tous ordres… Il entretient également l’autorevolezza, c’est à dire l’auto-justification qui lui permet de tirer de lui-même ses propres règles de fonctionnement sans véritable contrôle ecclésial.

§3

La  dérive majeure que connaît le mouvement est liée à son système de recrutement et de formation qui repose de façon exclusive sur la pensée et les écrits de Don Giussani à travers l’Ecole de Communauté. Il s’agit de réunions de supposée catéchèse hebdomadaire au cours desquelles toute la formation religieuse repose sur une technique de répétition et de lecture d’écrits le plus souvent indigestes utilisant un vocabulaire bien spécifique, par exemple le mot « existentialité". Ce fondateur, en vieillissant, probablement grisé par sa réussite, n’a pas cessé en effet d’asséner ses certitudes, demandant une obéissance à sa personne, déclarant « Dieu m’a placé comme responsable pour votre vie »[1], et exigeant de tout membre une adhésion dans sa « totalité », concept qui lui est cher. Nous citons  à ce propos  un extrait de sa « summation »  à la première retraite de la Fraternité tenue à Rimini en mai 1982. Voici ce qu’il disait (traduit de l’anglais) :
« La Fraternité est construite notamment comme la norme par et à l’intérieur des groupes d’amis qui viennent ensemble librement… » Et il cite une lettre qu’un groupe de professeurs lui a envoyée, des adeptes qui reconnaissent que le mouvement « impliquait la totalité de notre personne dans le compagnonnage parmi nous ». Allant plus loin ces adeptes, pourtant des enseignants, reconnaissaient le Mouvement comme « notre seul horizon éducatif ». Donc un horizon limité !
Giussani trouvait cela parfaitement normal et se référant à cette lettre il déclarait : «Ainsi, c’est une solidarité qui n’est pas sentimentale, qui impacte la totalité de la personne, c’est à dire la personne dans sa destinée : cela compte d’affirmer la destinée de ces personnes qui sont avec moi ».
(.....) Thus, it is a solidarity that is not sentimental, which impacts the totality of the person, i.e, the person in his destiny: it is a matter of affirming the destiny of these people who are with me”.
 
Et, dans un article publié en 2002 dans le numéro 1 de son magazine « Traces »,  don  Giussani demandait une « ultime » obéissance à la Diaconie centrale du mouvement. « J’insiste sur le mot « ultime » obéissance, » écrivait-il.
« I insist on the word “ultimate” obedience to it (.... )”. Source: article “the work of the movement”.
 
Aujourd’hui Giussani n’est plus présent, mais, pour se maintenir, le mouvement Communion et Libération entretient le culte de sa personnalité et de nombreux membres font preuve de bonne volonté en continuant à respecter sans esprit critique cette « ultime obéissance ». 

[1] Adresse aux retraitants de Memores Domini le 12 octobre 2003 -  « Oui, c’est vrai, Dieu m’a choisi comme responsable pour votre vocation. C’est une donnée, un fait qui ne peut laisser personne indifférent »……
« L’obéissance à Dieu se donne par l’obéissance à celui qu’il a placé comme « responsable pour votre vie.
« Il m’a placé. Il m’a appelé, comme responsable pour votre vie….« Il s’adresse à vous à travers mes mots, à travers la cordialité de mon cœur. Toute autre solution est très douteuse… ».
Extrait traduit de « 30Days » nov. 2003, version  anglaise de l’adresse"Obéissance et paix » publiée dans www.30giorni.it.

§4

Les écrits de Giussani sont cités plus souvent que ceux des Pères de l’Eglise dans la littérature interne. Sa pensée, souvent absconse, doit néanmoins servir de guide prioritaire aux adeptes, surtout parmi la Jeunesse. Elle est souvent reprise par le mouvement « Points-Cœur » cité également dans notre liste de Communautés pour prétendument aider de jeunes humanitaires. Elle ne peut pas être remise en cause ou dépassée car, si c’était le cas, ce vaste château de cartes s’écroulerait et cette chute pourrait menacer certains intérêts. Le successeur de Giussani a reconnu ce fait quand, le 8 mars 2008, après sa cooptation, il déclarait que « le mouvement est allé de l’avant à cause de son unité, certainement pas à cause de l’autonomie d’opinion de ses membres ».
Une telle autonomie représenterait en effet un risque trop grand pour le pouvoir en place de la « diaconie centrale » .

 
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A titre d’exemple des « affaires » qui éclaboussent CL nous signalons à nos internautes le scandale de la Cascina, coopérative rattachée à la « Compania delle Opere » (CDO), révélé au printemps 2015[1]. Cette affaire, qui impliquerait Maurizio Lupi, ancien ministre de Berlusconi, un des leaders de la CDO, présente un aspect particulièrement choquant.  Il s’agirait d’un système organisé de détournement d’argent destiné aux repas des migrants  dans des centres d’accueil de réfugiés, et ce en lien avec la « mafia capitale », autrement dit la branche romaine de la mafia.
Le « business des migrants » s’avérant profitable sur une période allant de 2011 à 2014,  il s’agirait pour un juge qui s’est exprimé sur ce sujet « d’une réelle aptitude à commettre un crime ».



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En France Communion et Libération, comme dans de nombreux pays, cherche à utiliser la diaspora italienne pour s’implanter. Le mouvement dispose d’une tête de pont dans la paroisse St Germain l’Auxerrois à Paris où il se présente sous un visage rassurant au travers d’activités culturelles.

[1] https://asile.ch/chronique/chronique-italie-stefano-liberti-le-grand-business-des-centres-daccueil-en-italie/