Etapes et nature des engagements :

Préliminaire : Nécessaire renforcement de la distinction entre laïcat et vie religieuse

Aujourd'hui, une confusion est entretenue entre certaines formes d'états laïcs et une vie consacrée. La prononciation de vœux privés, voire de pseudo-vœux, des cérémonies a-canoniques, qui sont présentés aux concernés comme d'implication équivalente à celle des vœux publics d'une vie consacrée; des vies de célibat apostolique copiées dans leurs fonctionnement sur les vies consacrées; des vies communautaires intégrant des laïcs, voire des familles; des confusions même sur la signification des vœux (le champ de l'obéissance, une vision erronée de la chasteté, une pauvreté qui ruine les personnes et leurs familles mais enrichit la structure...); tout cela fait un dommage considérable.
En un temps où l'on a fait des progrès essentiels pour prendre conscience de la grandeur de la vocation des laïcs, de telles confusions ne peuvent être qu'intentionnelles.
Ainsi faut-il aussi bien préserver l'état de vie consacrée dans son sens et sa dignité, ce en quoi il respecte la dignité humaine, et l'état de vie laïque, à l'opposé d'un esprit ni d'un mode de vie clérical.
On aura toujours à l'esprit que d'après le droit de l’Église, "tous les fidèles jouissent du droit de n'être soumis à aucune contrainte dans le choix d’un état de vie» (CIC, canon 219)[1]


[1] CIC : Codex iuris canonici, autrement dit Code de droit canonique.

Recrutement

A cet effet les communautés et mouvements doivent s’interdire de recruter des jeunes qui n’ont pas achevé la formation dans laquelle ils sont engagés. Les communautés doivent s’engager à les laisser acquérir avant l’entrée une qualification professionnelle reconnue (diplôme + première expérience professionnelle), de sorte qu’ils aient la possibilité de revenir à la vie civile dans les meilleures conditions si la vie religieuse ou si le laïcat consacré ne leur convient pas. Ainsi ils ne se trouveront pas piégés. Et s’ils restent en communauté, ils pourront ainsi exercer une activité correspondant à leur niveau de compétence.
 
Les communautés et mouvements ne doivent pas recruter des personnes atteintes d’une maladie ou d’un handicap qui les empêcherait d’avoir un discernement personnel et une décision libre. Ils se renseigneront avec soin sur le passé judiciaire de ceux qu’ils reçoivent et demanderont un extrait de casier judiciaire avant tout engagement définitif.
Communication d’appel à la vie consacréeCette communication passe de plus en plus par Internet. Pour rester « vraie » elle se doit d’éviter les méthodes du marketing destiné à la consommation aussi bien que de la propagande organisée en préalable à une emprise psychologique.
 
[*]     Ainsi on ne peut tolérer l'utilisation pour "appâter" ou recruter des «codes» à la mode parmi la jeunesse, qu’il s’agisse de codes vestimentaires, de pratique de sports qu’ils soient extrêmes ou non, de loisirs collectifs déterminés par les origines sociales. Ces choses n'ont rien à voir avec ce qui est convoqué dans une vocation au don total de soi tel que pratiqué dans ces mouvements.
[*]     Eviter d’aggraver l’opposition risquant de surgir entre adolescents, entre les jeunes et leurs parents en pratiquant une lecture littérale non contextualisée de textes des Evangiles qui annoncent la division dans les familles, ce qui reviendrait à adopter une attitude fondamentaliste.
[*]     De même les prédicateurs de retraites dites d’orientation doivent faire preuve de retenue en s’abstenant d’enseigner aux jeunes de façon anticipée les réponses à fournir aux objections que les parents ne manqueront pas de leur faire s’ils s’engagent prématurément dans une vie consacrée.
[*]     Eviter toute mise en scène idyllique de la vie consacrée parmi une population toujours jeune, toujours souriante, toujours bien nourrie et en bonne santé, dans une nature toujours ensoleillée et verdoyante, parmi des personnes toujours épanouies parce qu’elles bénéficient de l’aide de la communauté.
Cette présentation "jeuniste" pose de plus la spiritualité comme fait générationnel. On ne s'étonne pas qu'on dise ensuite aux nouveaux entrés : "vos parents ne peuvent vous comprendre, notre vocation est trop originale et neuve."
 
La communication sur Internet doit rester sobre : c’est une communication et non une publicité. Elle informe. Elle se garde de harponner. C'est le respect de ce qu'on prétend promouvoir, mais aussi des personnes à qui on ne peut voler la générosité, les rêves, les enthousiasmes.
 
Dans le même esprit l’appel à s’engager dans une mission humanitaire et/ou évangélisatrice via une ONG affiliée à la communauté ne doit pas reprendre les clichés et images révolus d’une époque où les nations européennes colonisaient une grande part du monde et étaient censées lui apporter la santé, la civilisation et le développement intégral.

Postulat, noviciat

Pendant les périodes où les jeunes sont regardants, postulants ou novices, les communautés et mouvements ne doivent pas leur demander l’état de leur patrimoine personnel ni de renoncer à leurs biens (compte bancaire; livret d’épargne) ni à leurs relations (ne pas clore l’adresse Internet, ne pas résilier la ligne téléphonique), ni à des échanges avec des personnes de sexe opposé.
 
Il convient de respecter strictement la règle selon laquelle le noviciat ne doit pas excéder deux ans (CIC, c. 648 § «), l’éventuelle prolongation de six mois devant demeurer une exception et n’est pas extensible au-delà de ce délai (CIC, c.653 § 2). Pendant cette période la communauté doit cotiser pour la retraite (à la CAVIMAC en France). Si le (ou la) novice constate que ce n’est pas fait, son intérêt est de quitter tout de suite un Institut ou une Congrégation qui ne respecte pas les engagements ecclésiaux .
 
Durant toutes ces périodes la maturité des postulants doit être éprouvée, notamment dans la liberté du dialogue avec les supérieurs.

Port de l’habit religieux

Durant la période de discernement, et jusqu’au noviciat, le port de l’habit religieux devrait être proscrit. L’habit du novice doit être distinct de celui de la personne engagée par des vœux. Le renouvellement régulier des effets civils doit pouvoir s’effectuer.

LES VŒUX

Les vœux ne sont valides qu’après un noviciat structuré et réellement formateur et quand le novice est en bonne santé . S’il est atteint d’une maladie chronique ou d’une incapacité permanente, il convient d’en apprécier avec lui les conséquences car cela ne représente pas nécessairement un obstacle aux vœux. La règle canonique exigeant que le noviciat ne dépasse pas deux années doit être rappelée et réellement appliquée.
 
Si, à l’issue de cette période, la personne qui était novice n’est pas admise aux vœux, elle doit quitter la communauté et ne pas y prolonger son séjour dans l’espoir d’être admise ultérieurement. De même si à l’issue des vœux temporaires, on lui refuse l’accès aux vœux définitifs. Les situations d’attente incertaine doivent être proscrites.
 
S’il est demandé une lettre écrite de candidature au postulant, la communauté doit également lui adresser une réponse écrite à laquelle doivent être jointes les Constitutions,  et les informations pratiques utiles en matière de formation, de santé et prévoyance, et de respect des règles du pays où il se trouve (droit du Travail notamment, titres de séjour).
 
Il faut s’assurer que toute personne qui prononce des vœux a bien lu les Constitutions de la communauté ainsi que ces informations, et a pris le temps de se les faire expliquer et commenter. Un document co-signé par l’intéressé(e) et le (ou la) Supérieur(e) doit en attester et être enregistré auprès d’une instance ecclésiale indépendante. Si ce n’est pas le cas il doit être clairement reconnu qu’il y a eu dol et que les vœux sont nuls (CIC, c. 1191).
 
Les communautés se doivent d’expliquer aux intéressés que les vœux ou engagements qui ne font pas l’objet d’une publicité auprès de la famille et des proches avec invitation à y participer, mais restent limités à l’intimité du mouvement de façon confidentielle, ou bien sont reçus de façon privée, ne mènent pas à une vie religieuse consacrée. Cela doit être clair pour les intéressés qui sont la plupart du temps de jeunes adultes mal informés. Ils ignorent que ces vœux qui ne sont pas reçus publiquement au nom de l’Eglise par une autorité légitime (i.e. l’évêque ou l’abbé d’une Congrégation), ne les lient pas canoniquement car ils ne correspondent pas à la forme religieuse de la vie consacrée. Il s’agit d’un engagement privé dont ils peuvent facilement se délier.
 
Les autorités ecclésiales doivent rappeler à l’ordre les communautés qui entretiennent une ambiguïté permanente en pratiquant des vœux semi-publics qui ne correspondent à rien.

LE COURS DE LA VIE CONSACREE

Règles de transparenceLes communautés et mouvements doivent laisser aux postulants, novices et membres consacrés ainsi qu’à leurs proches un libre accès, dans un lieu ouvert, aux Règles et Constitutions ainsi qu’à l’ensemble des documents permettant de comprendre l’organisation, la gestion financière, les règles d’hygiène et sécurité de l’Etablissement, la protection sociale, le régime de retraite du pays (CAVIMAC en France, AVS en Suisse, etc.) et de façon générale les procédures qui règlent la vie communautaire. En cas d’envoi à l’étranger pour mission de longue durée (plus de 6 mois) ou transfert durable, le régime social de l’expatriation doit entrer en vigueur avec toutes les garanties nécessaires. Tous, et en particulier les plus jeunes d’entre eux, doivent être incités et aidés à comprendre la signification pratique de ces textes; un religieux expérimenté sera responsable du respect de cette exigence. L’organigramme du mouvement ou de la communauté avec le «qui fait quoi» doit être porté à leur connaissance. La liberté d’en référer à une autorité supérieure ou extérieure en cas de conflit avec l’autorité immédiate doit être garantie.

Formation des responsables

De solides connaissances en droit canonique ou en théologie ne sont pas suffisantes pour exercer la fonction de responsable à différents niveaux dans une communauté. Diverses actions judiciaires et plaintes récemment déposées démontrent la nécessité d’une formation renforcée destinée aux responsables que ce soit en matière économique, juridique ainsi qu’en sciences du comportement. Il devra s’agir de principes simples, mais fondamentaux constituant un corpus de connaissances indispensables:

LE DEPART DE LA VIE CONSACREE

Qu’il s’agisse d’un postulant, d’un novice ou d’une personne déjà consacrée les dispositions proposées sont les mêmes. Dans chaque cas de départ une aide au retour à la vie civile, au laïcat, ou à une nouvelle étape de discernement doit être proposée avec des outils facilitant l’orientation, l’insertion dans la vie active, le logement, etc.
 
L’aide consécutive à un départ doit bien différencier l’accompagnement psychologique de l’accompagnement spirituel qui doivent être menés si l’intéressé(e) en fait la demande et, de toute manière, de façon séparée par des acteurs compétents dans l’un ou l’autre domaine.
 
Une aide financière adaptée doit être proposée selon des formules souples (pécule, prêt, caution, etc.) tenant compte de chaque cas individuel. Dans le cas du départ d’un ordre cloîtré ou portant un habit des vêtements civils au goût du jour en quantité et qualité suffisantes doivent être fournis.
 
L’attitude consistant à laisser partir quelqu’un sans un sou en poche ou avec un «don» minimum doit être condamnée.
 
L’attitude qui consiste à ne pas prendre de nouvelles ou ne pas s’assurer que le sortant soit bien arrivé à destination en toute sécurité doit être condamnée. Cela revient à nier qu’il ait été présent dans ladite communauté et à nier les droits à sa personne.
 
Quand ce départ est dû à un abus de quelque nature qu’il soit (harcèlement, abus physique, emprise mentale, dérive sectaire) outre l’aide au retour, un processus de réparation doit être proposé à la victime. Il comportera des aspects financiers, mais aussi psychologiques (reconnaissance des faits, soutien psychologique par un professionnel) et une demande de pardon personnalisée effectuée par l’abuseur ou son représentant. Cette réparation ne doit pas empêcher celui qui s’estime victime de ces abus d’intenter, s’il le souhaite, une action devant les tribunaux.
 
Si la situation a créé une incapacité permanente partielle, par exemple une inaptitude au travail, celle-ci doit être indemnisée sous forme de rente. Ce départ a pu prendre la forme d’une fuite subite, seul moyen d’échapper à l’emprise. Dans ce cas les comportements souvent constatés de relance téléphonique, de chantages divers ou de harcèlement visant à faire réintégrer le mouvement ou la communauté doivent être bannis : les communautés doivent s’engager à respecter la vie privée de leurs ex-membres et à les laisser tranquilles. Les documents et effets personnels doivent être restitués sans délai dès que la demande en est faite.
 
Quelle que soit la nature ou la cause du départ, les trimestres (en France) ouvrant des droits à la retraite doivent être cotisés et mis à jour. En cas de procédure engagée contre la communauté par un ex-membre, le plaignant, s’il lui est donné raison, doit voir ses frais de justice et d’avocat pris en charge par la communauté.

L’aide à la fuite

Il est des cas où la seule façon de quitter une communauté, pour la victime, consiste à s’enfuir, à partir sans prévenir.
 
En effet en cas d’abus caractérisé, qu’il soit physique mais aussi psychologique, la victime obéit à une impulsion du moment qui est le résultat d’une suite de «déclics» qui l’ont amenée à prendre sa décision. Dans ce cas la fuite est la seule façon de quitter la communauté. Tout avertissement préalable adressé à l’abuseur bloque en effet cette issue et la menace d’apostasie associée à la diabolisation du monde extérieur accentue l’effet bloquant. Sans compter les stratégies qui seront mises en place pour conditionner affectivement un retour sur sa décision.
 
Par conséquent il se peut très bien que cette fuite s’effectue sans papiers d’identité (car ils ne sont pas accessibles), sans argent, sans effets personnels, voire même sans adresse précise où se rendre. En d’autres termes le «fuyard» d’une communauté abusive peut très bien se retrouver dans la situation d’un(e) SDF puisqu’il (elle) n’a pas eu la possibilité de partir au terme d’un échange serein et qu’il (elle) a dû s’échapper sans attirer l’attention. Pour éviter une situation aussi redoutable certaines personnes restent présentes contre leur gré dans des communautés. Elles y sont en quelque sorte otages.
 
Le caractère critique de cette situation est encore aggravé pour les personnes qui n’ont pas la nationalité française et sont déracinées car natives de pays en voie de développement. Une attention particulière doit être accordée à leur cas en relation, par exemple, avec la CIMADE[1] ou un organisme analogue.
 
C’est pourquoi nous demandons qu’un dispositif spécifique (numéro vert; cellule d’accueil; soutien psychologique; aide d’urgence) soit mis en place pour faciliter l’accueil des "fuyards" et permettre l’exfiltration de ceux (celles) qui attendent cette opportunité. A noter qu’un "fuyard" qui appelle à ce numéro manifeste par là qu’il y a un problème puisqu’il s’en remet encore aux instances ecclésiales.
 
C’est à la Conférence des évêques ou à la CORREF[2] en France, et à leurs équivalents ailleurs qu’il appartient de mettre en place un dispositif indépendant qui sera placé sous leur responsabilité dans un strict respect de la confidentialité. Cette cellule aura également pour tâche de récupérer le cas échéant les documents et/ou effets personnels du démissionnaire. Elle disposera à cet effet d’un mandat particulier et d’une autorité reconnue pour ce type de démarche, évitant ainsi à la victime – qui n’en a pas encore la force – d’affronter ses abuseurs.
 
Si la communauté dont est issue la personne est canoniquement de droit pontifical, il est également du devoir strict de l’évêque du lieu, outre son rôle d’accueil, de servir de relais pour alerter au Vatican les autorités compétentes et en informer l’intéressé(e).
 
Par ailleurs, face aux questions organisationnelles que posent tant de situations, les associations[3] peuvent collaborer pour trouver des solutions de survie et de réinsertion à la personne (associations d’aide au logement, foyers d’hébergement, aide à la recherche d’emploi, assistance juridique…).

[1]La CIMADE se définit en France comme une association de solidarité active avec les migrants, les réfugiés et les demandeurs d’asile. Elle agit pour le respect des droits et la dignité des personnes.
[2]CORREF : Conférence des Religieux et Religieuses de France regroupe les congrégations du clergé régulier, les ordres religieux et différents Instituts.
[3]Jusqu’à ce jour l’AVREF a trouvé plus de soutien et de compréhension de la part d’associations non confessionnelles que de la part des réseaux catholiques officiels.

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