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« Les Éblouis »


« Je n’ai pas l’impression d’avoir fait un film à charge contre ces communautés et encore moins contre l’Eglise catholique. Mais j’ai fait pour sûr un film de combat ».
                                                                                              Sarah Suco, réalisatrice
 
Synopsis
 
Camille, 12 ans, passionnée de cirque, est l’aînée d’une famille nombreuse. Un jour, ses parents intègrent une communauté religieuse basée sur le partage et la solidarité dans laquelle ils s’investissent pleinement. La jeune fille doit accepter un mode de vie qui remet en question ses envies et ses propres tourments. Peu à peu, l’embrigadement devient sectaire. Camille va devoir se battre pour affirmer sa liberté et sauver ses frères et sœurs.
 
 
Pourquoi l’AVREF recommande-t-elle de voir ce film ?
 
Ce n’est pas du point de vue de la critique cinématographique ou artistique que nous nous plaçons. Nous considérons que ce film est remarquable en raison du sujet traité et de la façon dont il est abordé. Il est remarquable également par le fait que la réalisatrice a vécu les choses de l’intérieur.  Cela donne de l’authenticité au traitement du sujet. Elle fait son double de Camille, la jeune fille.
 
Il convient aussi d’éliminer toute méprise.

Il ne s’agit pas d’aller voir LES EBLOUIS pour y trouver des « clés » permettant d’identifier telle ou telle communauté et d’en discuter pour savoir si c’est exact, si ça se passe bien comme cela chez Untel. Certains qui ont connu et connaissent ce milieu des communautés dites nouvelles de l’Eglise catholique y retrouveront  des comportements ou des faits qu’ils ont connus. Les acteurs – car leur jeu est authentique et sincère - leur rappelleront vraisemblablement des personnes qu’ils ont fréquentées. Mais aucun groupe particulier, aucune personne ne sont nommément visés, ni attaqués. Ce n’est pas le but.
L’objectif est de nous présenter des types humains tout sourire comme on en rencontre chaque jour dans ces « nouveaux » mouvements religieux, par exemple celui du  « berger » médiateur au verbe gélatineux, hors d’atteinte du commun des mortels en quelque sorte, celui également de la jeune religieuse, piégée, contrainte de rompre les liens avec sa famille, On y retrouvera des faits bien connus, signalés maintes fois à l’AVREF : un exorcisme sauvage, une pseudo-guérison, une confession publique de fautes imaginaires, l’infantilisation des adultes, le déchirement des familles, l’abus sur mineur, l’emprise mentale, le silence de l’évêché qui est, comme dans la réalité, le grand absent du film, la coupure du monde extérieur, la vacuité et, de façon générale, le phénomène de régression de personnes sensées et éduquées..
Ce que l’on retient de ce film, c’est bien le caractère universel de ce type de communauté dont les principales caractéristiques se trouvent assemblées pour créer une intensité dramatique permettant de construire le scénario. Ce sont ces fondamentaux que l’on retrouve un peu partout.  Car chaque mouvement nouveau est bien souvent un clone du voisin même s’il cherche à s’inventer un charisme original pour s’en démarquer.
Il faut emmener les plus jeunes, les adolescents voir ce film, tous ceux qu’il faut avertir et prévenir  du danger. Mais il faut aussi que les jeunes y emmènent leurs parents, les adultes car le basculement sous emprise et sous abus spirituel qui touche la part d’affectif et d’irrationnel existant en chacun de nous  se rencontre à tout âge, à tout degré de l’échelle sociale et quel que soit le niveau intellectuel des personnes. Ce film, il faut en parler, en discuter : il part d’un vécu authentique. Il suscite donc  et nécessite des débats qui aideront à sa compréhension.
 

Qu’en dit la réalisatrice, Sarah Suco ?



NB : Il s’agit ici d’extraits de l’interview complète que vous pouvez télécharger en cliquant sur le lien ci-dessous 

Dossier Les Éblouis

Les Éblouis est votre premier film en tant que réalisatrice. Il est dédié à vos frères et sœurs.
L’inspiration est-elle autobiographique ?
L’inspiration est-elle autobiographique ?

Oui, j’ai moi-même vécu avec ma famille dans une communauté charismatique pendant dix ans. L’idée d’en faire un film germait dans ma tête depuis très longtemps, et arrivée à la trentaine, la nécessité l’a emporté et je me suis sentie prête à me lancer.


Comment avez-vous abordé cette matière personnelle ?
Les choses glissent par étapes. C’est ce qui est complexe et qui fascine dans l’emprise et la dérive sectaire. La folie se niche dans les détails. Rapidement, on voit que cette communauté est assez « spéciale » et les parents de Camille sont eux-mêmes un peu décontenancés quand ils voient certains rituels très surprenants.
Mais ils surmontent leur surprise et décident de rester, en connaissance de cause. Contrairement aux clichés et aux idées reçues, la plupart des gens qui entrent dans ces communautés sont intelligents et cultivés et trouvent dans ces lieux des personnes capables de répondre à leurs aspirations. Ces communautés et leurs responsables sont très doués pour mettre en valeur vos compétences, s’infiltrer dans vos manques et dans vos failles. Dans le film, on voit combien le père de Camille est heureux de mettre son savoir au service du cours biblique, lui qui ne se sent pas très considéré dans son lycée. Pareil avec la mère de Camille, qui se sent enfin entendue et utile : elle sert des repas, elle fait la comptabilité de la communauté… Le film raconte à quel point il est simple de se faire embrigader lorsque les besoins sont présents en nous et qu’un groupe nous attire de belle manière.

Pourquoi avez-vous choisi de transposer votre histoire à l’époque actuelle ?
Parce que je ne voulais pas que le spectateur puisse penser que ça n’existe plus aujourd’hui. On estime entre 50 000 et 60 000 le nombre d’enfants victimes de dérives sectaires dans ce genre de communautés chaque année en France. Des communautés qui ont pourtant pignon sur rue et sont légales. Du fait de la loi de 1901, chacun a le droit de vivre avec qui il veut, se regrouper en communautés, donner de l’argent voire tout son salaire à une association. Tant que cela ne concerne que des adultes avisés et « consentants », il est difficile d’intervenir. Définir l’emprise ou une dérive sectaire est très compliqué. Il y a des critères – embrigadement psychique ou financier, maltraitances… – mais ils restent assez flous et juridiquement difficiles à prouver et donc à condamner tant qu’un drame ouvertement répréhensible n’a pas eu lieu.

Pouvez-vous nous en dire plus sur ces communautés ?
Ces communautés charismatiques, importées des Etats-Unis depuis les années 70, appellent à un renouveau spirituel basé sur le Saint-Esprit. Les gens y vivent l’expérience personnelle de Dieu, l’expérience des « dons » reçus du Seigneur et de la prière, parmi lesquels celui de la guérison. Elles regroupent des prêtres, des religieux et des familles laïques qui, comme on le voit dans le film, habitent pour la plupart dans des maisons à côté d’un presbytère. Tout est articulé autour de la paroisse et du curé qui en a la charge. Ces communautés reposent sur de nobles intentions de base : vœux de charité, de solidarité, d’entraide... Dans les années 70, elles ont fleuri un peu partout dans les villes et leur nombre continue de se maintenir, d’autant plus aujourd’hui avec le sentiment d’isolement, les valeurs grandissantes du vivre ensemble…