LE COURS DE LA VIE CONSACREE

§1

Nous abordons ici la vie quotidienne de la personne engagée dans tous ses aspects. Un engagement, même définitif, ne signifie pas la privation d'une liberté fondamentale.
Sur ce point, un chantage systématique au « salut » est opposé à toute remise en question de l'engagement. Poser un tabou sur cette remise en question et vouloir la tuer dans son œuf, c'est enlever précisément sa valeur à l'engagement en privant l'individu de son libre arbitre. Le don d'une personne est libre dans le temps. On rencontre à cet endroit les termes absolus de « mort », « salut »...

§2

Information et transparence 

Les communautés et mouvements doivent rendre public (a fortiori laisser aux postulants, novices et membres consacrés ainsi qu’à leurs proches) un libre accès, dans un lieu ouvert, aux Règles et Constitutions ainsi qu’à l’ensemble des documents permettant de comprendre l’organisation, la gestion financière, les règles d’hygiène et sécurité de l’Établissement, la protection sociale, le régime de retraite du pays (CAVIMAC en France, AVS en Suisse, etc.) et de façon générale les procédures qui règlent la vie communautaire.
 
Tous, et en particulier les plus jeunes d’entre eux, doivent être incités et aidés à comprendre la signification pratique de ces textes ; un religieux expérimenté sera responsable du respect de cette exigence. L’organigramme du mouvement ou de la communauté avec le « qui fait quoi » doit être porté à leur connaissance.
La liberté d’en référer à une autorité supérieure ou extérieure en cas de conflit avec l’autorité immédiate doit être garantie. Il faut donc définir une telle autorité extérieure et les modalités de sa saisine.
 
En cas d’envoi à l’étranger pour mission de longue durée (plus de 6 mois) ou transfert durable, le régime social de l’expatriation doit entrer en vigueur avec toutes les garanties nécessaires, les familles doivent être prévenues avec un délai de prévenance de trois mois.

§3

Santé physique et psychique 

Très souvent, on observe dans le champ de la santé, l'utilisation de pratiques douteuses, alternatives ou intrusives dans la relation avec le médecin.
Doit-on préciser aussi que le champ du psychique n'est pas de l'ordre du spirituel ?
Ni la santé psychique ni la santé physique ne sont de la compétence de la direction spirituelle.
La santé psychique particulièrement ne peut être prise en charge par un professionnel attaché à la communauté.
Les communautés doivent garantir aux membres le libre choix d’un médecin ou professionnel de santé en tenant à leur disposition l’annuaire local des médecins inscrits à l’Ordre (en France)[1], généralistes, spécialistes de la santé physique et mentale, paramédicaux et en leur donnant la liberté de prendre tout rendez-vous qu’ils jugent bon. Comme dans la vie professionnelle, une visite médicale annuelle de contrôle effectuée auprès d’un Cabinet médical indépendant devrait être instituée. Il s’agit d’un minimum. Les consultations médicales se feront en tête à tête avec le médecin, en dehors de la présence d’un tiers, quel qu’il soit. Les responsables de la communauté seront respectueux du secret médical et professionnel en s’abstenant de toute question auprès du professionnel de santé.
Les Supérieurs ou des membres de la communauté désignés par eux ne devront pas accompagner la personne dans le cabinet du médecin, encore moins prendre de décision à sa place.

§4

A la suite de la consultation médicale, la prescription médicale sera remise directement au malade. Elle doit être observée de façon scrupuleuse, en ce qui concerne la nature des médicaments prescrits, leur mode d’administration, la durée du traitement, ainsi que les examens complémentaires demandés.
 
Aucun responsable de communauté, même s’il possède un diplôme d’aide-soignant ou d’infirmier, ne peut s’arroger le droit d’administrer à un membre de la communauté un médicament qui ne peut être délivré que sur ordonnance, en dehors d’une prescription médicale. Il engage gravement sa responsabilité en faisant un tel acte qui constitue un exercice illégal de la médecine et peut entraîner des poursuites pénales (code de la santé publique français, articles L4161-1 à L 4161-6)[2].
 
Le malade restera en possession de ses médicaments et sera laissé responsable du suivi de son traitement. S’il reste des médicaments à la fin du traitement prescrit par le médecin, ils seront détruits et ne seront en aucun cas conservés, et encore moins administrés à un autre membre de la communauté.
 
Par ailleurs, la communauté peut disposer d’une armoire à pharmacie contenant des médicaments en vente libre. On en vérifiera soigneusement les dates de péremption et l’on n’achètera aucun médicament sur internet, sauf sur les sites autorisés[3] On les proposera à bon escient aux membres de la communauté, qui resteront toujours libres de les prendre ou non. Ils pourront aussi prendre l’initiative de les demander.
 
Ils doivent également respecter le choix effectué librement par le membre de la communauté, s’il réside en France, de la personne de confiance habilitée à traiter de sa situation avec le corps médical lors de circonstances extrêmes (article 1111-6 du code de la santé publique français).
 
[1] En France : www.pagesjaunes.fr (en faisant une recherche sur les médecins libéraux et les hôpitaux). Et sur le site du Conseil national de l'Ordre des médecins : https://conseil-national.medecin.fr/annuaire
       En Suisse : www.local.ch. Et sur le site de la FMH (Fédération des médecins suisses) : www.doctorfmh.ch/index_fr.cfm
[2] Tous les codes peuvent être consultés sur le site www.legifrance.gouv.fr/
[3] En France : voir la liste sur le site www.ordre.pharmacien.fr

§5

En cas d’état de santé physique ou mental très grave, la communauté doit impérativement prévenir la famille et les proches et, s’il s’agit de la France, respecter le code de la santé publique qui précise dans son article R4127-36 :
« Si le malade est hors d'état d'exprimer sa volonté, le médecin ne peut intervenir sans que ses proches aient été prévenus et informés, sauf urgence ou impossibilité ».


Santé spirituelle

Le choix doit être également ouvert et libre pour un directeur de conscience et un confesseur qui peut très bien appartenir à une autre communauté. Il sera proscrit de se confesser au fondateur ou prieur de la communauté car ils exercent un ascendant sur le for externe ; le choix peut se faire sur un confesseur de la communauté n’exerçant pas l’autorité religieuse ou l’exerçant en dehors de celle-ci. Il faut exclure toute culpabilisation du recours à un confesseur extérieur.
 
Cette protection du for interne doit faire l’objet d’une information systématique, vérifiée par des autorités externes au mouvement ou à la communauté.
 
Ce qui est divulgué à un tiers du for interne sous forme d’écoute relève de la confidence ou du secret de confession.
 
Hors confession, la confidence ne peut être révélée sans consentement mutuel : Cela relèverait d’une faute grave pour l’écoutant ayant ainsi rompu la confiance que l’on lui avait portée.
 
Quant au secret de la confession, on se rappellera la rigueur de l’Eglise à ce sujet : « Le confesseur qui viole directement le secret sacramentel encourt l’excommunication latae sententiae réservée au Siège Apostolique » (CIC, c. 1388 § 1).
 
Très souvent, l'obligation du secret de confession est contournée par la violation du secret de confidence. La confidence est instituée auprès de laïcs autant que de prêtres confesseurs. Un engagement de la communauté doit être précisé aux membres sur le respect de ce secret.

§6

La communication avec les proches (famille, amis)

Elle doit être maintenue à un rythme convenu, dans des conditions raisonnables de périodicité et de confidentialité quels que soient les moyens utilisés : visite, parloir, courrier, téléphone, messagerie électronique, téléconférence (« Skype »). Les courriers ne seront pas ouverts, ni à l’arrivée ni au départ.

Les séjours dans d'autres pays

La vie consacrée se déroulant de plus en plus avec des missions et séjours de longue durée dans d’autres pays que le pays d’origine de la personne, il convient que les cotisations sociales (santé et prévoyance) soient maintenues avec des statuts définis d’expatriation et que des assurances rapatriement soient prises en prévision d’accident ou de maladie grave dans le pays étranger. L’intéressé(e) doit être informé(e) de ces dispositions et recevoir en mains propres sa carte d’assuré pour pouvoir en disposer en permanence.

Evénements familiaux

L’autorisation de se rendre à des événements familiaux importants : baptêmes, mariages, inhumations, … doit être donnée et même favorisée. Si la Règle ou les Constitutions, écrites à une époque où prédominait un certain jansénisme, limitent cette possibilité, la communauté se doit d’accorder sur ces sujets les indults[1] répondant aux usages du monde contemporain.

[1] indult : Faveur accordée qui dispense du droit commun de l’Eglise

§7

Vacances et retraite

La communauté ne doit pas entraver le droit au repos parmi ses proches et familiers, quelques semaines dans l’année.
Dans les faits, les séjours chez les parents sont trop souvent accordés au compte-gouttes, quelquefois réduits à une visite biannuelle, elle-même très courte et gênée par une communication continue de la personne avec la communauté.


Vie civique

Etant personnes civiques, tous les membres d’une communauté doivent satisfaire aux devoirs que cela implique. Ils doivent pouvoir librement consulter la presse et accéder à l’information (Internet, ...). Ils doivent pouvoir se faire leur propre opinion sur les événements nationaux et mondiaux. La communauté doit leur faciliter en cas d’élection ou de consultation publique l’accès au bureau de vote et la liberté de décision en leur âme et conscience. S’ils sont dans un pays étranger ils doivent être encouragés à s’inscrire au consulat de leur pays d’origine.
 
Il est rappelé que la liberté spirituelle n’annule pas les devoirs civiques ni l’autonomie dans l’exercice de ces devoirs. En corollaire de ce principe toute gestion par la communauté de tout ou partie de ces devoirs et droits afférents est un abus. Ces choses ne relèvent pas de sa juridiction.

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