Les soeurs de Bethléem avancent sur un chemin de réforme

« Un point de non-retour »

Les sœurs de Bethléem, engagées dans un travail sur les abus d’autorité et spirituels commis dans leur communauté, ont tenu un chapitre général extraordinaire, réunissant près de 70 déléguées, du 30 octobre au 23 novembre 2021 aux Montsvoirons en présence d'assistants apostoliques. 


Dans une déclaration finale, elles assurent que ce chapitre marque « un point de non-retour » dans leur travail de réforme, et reconnaissent l'exigence « d'un changement de mentalité  qui est difficile et demandera du temps et de la persévérance ».

> Télécharger le Communiqué de presse et la Déclaration finale, en format PDF, 7 pages.



Extraits significatifs de la Déclaration finale  

D’abord sur les dérives constatées par la cellule d’écoute :


Lors de nos échanges, nous avons pu nommer ces dysfonctionnements dans notre manière d’exercer l’autorité, qui ont pu aboutir à des abus ou des emprises :

  • Une conception idéalisée et trop centralisée de l’autorité.
  • Le rôle prépondérant de la prieure dans une exclusivité de la relation à ses sœurs. Cela peut conduire à une emprise affective et à un conformisme dans une pensée unique, aux dépens de la conscience personnelle et d’une saine circulation de vie et d’échange entre les sœurs.
  • Une tendance à un maternalisme de la prieure et des responsables qui croiraient pouvoir discerner et solutionner tous les problèmes. Cela infantilise les sœurs sans prendre en compte leur liberté et leur bonne autonomie. Ni leur jugement adulte, ni leur capacité d’un discernement intérieur libre ne peuvent alors se construire. Leur esprit d’initiative ne peut pas se développer.
  • Un climat d’exigence trop grand, lié à un idéal de la vie monastique fait naître la peur d’en être incapable et génère la culpabilité.
  • Une certaine loi du secret pouvant engendrer des non-dits et des mensonges.
  • Une circulation d’informations insuffisante a laissé les sœurs dans l’ignorance et les a déresponsabilisées.
  • Le manque d’ouverture vers l’extérieur nous a fermées sur nous-mêmes dans une auto-référentialité sans possibilité de remise en question de nos certitudes.
  • C’est donc avec reconnaissance que la majorité des sœurs capitulantes a accueilli les préconisations de la cellule d’écoute. Elles nous donnent des repères concrets pour accompagner nos monastères dans ce chemin de réformes. Beaucoup d’entre elles sont déjà prises en compte par nos nouvelles Constitutions sur lesquelles nous travaillons depuis 2018. Celles-ci seront les nouveaux textes de référence pour la vie de nos monastères et seront aussi des garde-fous.

On cessera également de recruter des jeunes filles trop jeunes ou immatures qu’on aurait empêchées de terminer leurs études :

Dans nos Constitutions, nous précisons aussi qu’une jeune femme ne peut être accueillie avant 22 ans et qu’elle doit avoir une maturité humaine suffisante pour s’engager dans un propos monastique. Si elle est en cours d’études, nous lui demandons de terminer son cycle d’étude. 

L’effort de formation interne fait partie désormais des engagements de la communauté :

Dans les noviciats, une sœur responsable de la formation, distincte de la prieure, est nommée.

  • Afin de mieux évaluer le chemin monastique de la jeune sœur, un conseil de formation, composé de toutes les sœurs formatrices et de la prieure, a été mis en place dans ces monastères.
  • La communauté est régulièrement informée et consultée aux différentes étapes de la formation initiale.
  • La « ratio formationis » prévoit une formation ouverte à des intervenants extérieurs qualifiés. »

L’insistance sur l’obéissance sera moins pesante :

Le rôle de l’accompagnement spirituel a été mieux cerné, avec la distinction entre obéissance et docilité, le respect de la liberté avec la possibilité d’un accompagnement autre que celui de la prieure, et la distinction entre le for interne et le for externe, le vœu d’obéissance ne concernant  que le for externe. 

La communauté s’engage à respecter enfin les libres choix conformes aux principes élémentaires du code de la santé publique :

Au niveau de la prise en charge des sœurs malades, « la sœur souffrante est informée et conseillée pour pouvoir prendre des décisions éclairées et donner un consentement libre aux thérapies et actes médicaux qui lui sont proposés. La prieure et la sœur infirmière veillent à respecter la liberté, la dignité et l’intimité de leurs sœurs malades. (Constitutions)

 Evidemment cela va plus vite de changer les Constitutions que de faire évoluer les esprits et les cœurs :

« Nous sommes conscientes, disent-elles, que, même si ce Chapitre veut marquer un point de non-retour dans notre travail de réforme, il exige un changement de mentalité qui est difficile et demandera du temps et de la persévérance. »


Nous saluons cet effort et prenons acte de ces engagements.

On notera qu'aucun message de repentance n'a été adressé à celles qui ont dû prendre la fuite. S'il nous appartient d'exprimer ce regret, on doit souhaiter que la prise de conscience qui s'est faite lors de ce chapitre permette au moins d'éviter qu'il y ait de nouvelles victimes et que - comme cela a été mentionné - la distinction soit enfin clairement établie entre obéissance et docilité, entre for interne et for externe, pour éviter la poursuite des anciens errements.

On ne pourra que souhaiter que ce courageux « travail sur soi-même »  effectué par la congrégation de Bethléem serve d’exemple à d’autres communautés dont nous déplorons qu’elles soient encore bien à la traîne pour stopper et limiter les abus.